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Brûlures profondes, lésions respiratoires et oculaires: voici ce que largue Israël sur les civils libanais

Des traînées blanches caractéristiques dans le ciel de Nabatieh, Tyr, Qlayaa: Israël aurait déployé une arme dont les Libanais –comme les Gazaouis avant eux– sont désormais familiers: le phosphore blanc. Cette substance incendiaire dangereuse aurait été déversée au-dessus de plusieurs villes du Liban, dans le cadre d’attaques revendiquées par Tsahal contre le Hezbollah. C’est ce que révèle le New York Times, qui s’appuie sur des expertises, des témoignages d’organisations internationales et des images des attaques.

Ces fumées ont été observées le 30 mai dernier dans plusieurs villes du sud et de la côte libanaise, dans des vidéos filmées et vérifiées par le quotidien américain. Ces attaques s’inscrivent dans l’offensive menée depuis plusieurs semaines, après le lancement de roquettes du Hezbollah sur Israël en réaction aux frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran en mars.

Le phosphore blanc s’enflamme spontanément au contact de l’air et est extrêmement difficile à éteindre. Souvent utilisé par les armées pour créer des écrans de fumée ou des incendies lors des combats, il n’est pas illégal en soi. Mais son déploiement délibéré dans des zones civiles viole le droit international humanitaire.

Interrogée par le New York Times, l’armée israélienne n’a pas commenté les incidents qui se sont produits ces dernières semaines au Liban. Même si Israël nie utiliser le phosphore blanc en violation des lois internationales, l’objectif précis poursuivi par Tsahal dans cette région n’est pas clairement établi.

L’État hébreu utiliserait des obus américains M825A1 contenant des fragments enrobés de phosphore blanc. Conçus pour produire un écran de fumée dense pendant cinq à dix minutes, ces obus peuvent éclater en altitude et disperser leur charge sur une large zone, provoquant des incendies au sol partout où les fragments atterrissent.

«Brûlures jusqu’à l’os»

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le phosphore blanc est dangereux pour les populations civiles exposées. Le produit provoque de graves brûlures au contact de la peau ainsi que des lésions respiratoires et oculaires en cas d’inhalation. «Les brûlures peuvent atteindre l’os, explique Bonnie Docherty, conseillère en armement chez Human Rights Watch. Les plaies peuvent se rouvrir lorsqu’on retire les bandages, si des résidus de la substance sont exposés à l’oxygène.»

La substance peut aussi mettre le feu aux habitations, aux véhicules et aux champs. Ses traces persistent dans les sols et l’eau longtemps après son utilisation, rendant certaines terres agricoles inaccessibles pendant des années.

Un rapport d’Amnesty International de 2023 a établi que les habitants de Dhaïra, une ville au sud du Liban, avaient dû fuir les largages répétés de phosphore blanc en 2023. Des voitures et des maisons brûlaient encore à leur retour, plusieurs jours plus tard.

Un arsenal habituel 

Bien que le phosphore blanc soit légal s’il n’est pas délibérément déployé dans des zones peuplées, il est souvent difficile de déterminer s’il a été utilisé intentionnellement sur une zone précise. «Ces munitions ne sont pas des armes de précision et ne peuvent pas faire la distinction entre civils et militaires, souligne Wim Zwijnenburg, chercheur au sein d’une ONG néerlandaise. Ce n’est peut-être pas une arme interdite, mais nous savons que les armées ne l’utilisent pas toujours comme prévu».

L’armée israélienne n’est pas la seule à avoir recours au phosphore blanc. Les États-Unis l’ont utilisé lors de plusieurs opérations, notamment à Falloujah en Irak en 2004 et lors de leur campagne contre l’organisation État islamique en Syrie en 2017. L’Ukraine et la Russie se sont mutuellement accusées d’y recourir depuis 2023.

Depuis octobre 2023, le gouvernement libanais a adressé quatre lettres aux Nations unies pour alerter sur l’usage du phosphore blanc par Israël. L’une d’elles, datée de juillet 2024, fait état de plus de 600 incendies provoqués par cette substance dans le sud du pays.

Israël avait déjà été mis en cause à plusieurs reprises à ce sujet, bien avant les attaques terroristes du 7 octobre 2023 sur son sol. Dans un rapport datant de 2009, Human Rights Watch documentait déjà l’utilisation massive du phosphore blanc, «notamment au-dessus de zones densément peuplées de Gaza». L’organisation avait pointé du doigt «une pratique systématique» qui «violait le droit international». Quatre ans plus tard, sous la pression internationale, l’armée israélienne avait annoncé réduire significativement son recours au phosphore blanc.


Source:

www.slate.fr

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