Marjane Satrapi, autrice de Persepolis, dessinatrice, réalisatrice et figure majeure de la diaspora iranienne, est décédée le 4 juin 2026 à l’âge de 56 ans.
Au-delà de l’hommage rendu à une personnalité littéraire et artistique de premier plan, cette initiative française s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place des créateurs iraniens contraints à l’exil et sur les moyens de préserver leur visibilité dans l’espace public international.
Un lieu pour les voix de l’exil
Jean-Noël Barrot n’a pas détaillé la forme exacte que prendra cette nouvelle structure. Son intervention laisse toutefois entrevoir un dispositif mêlant présence physique et outil numérique, destiné à accueillir ou à valoriser le travail d’artistes iraniens installés hors d’Iran.
Le ministre a présenté cette initiative comme un hommage à des « artistes courageux, cinéastes, écrivains », qu’il décrit comme les représentants d’une culture iranienne dont la richesse mérite, selon lui, d’être davantage reconnue.
La France accueille depuis plusieurs décennies une partie importante de la diaspora culturelle iranienne. Parmi les personnalités les plus connues figurent notamment l’actrice Golshifteh Farahani, la réalisatrice Sepideh Farsi, la romancière Sorour Kasmaï, l’actrice Mina Kavani, le photographe Hossein Rajabian ou encore l’artiste Yosra Mojtahedi.
L’annonce du Quai d’Orsay intervient alors que nombre de ces créateurs dénoncent depuis plusieurs années les restrictions à la liberté d’expression, la censure et les pressions exercées contre les artistes en Iran.
Marjane Satrapi, figure d’une génération
La portée symbolique de cette annonce tient largement à la personnalité de Marjane Satrapi. Née à Rasht en 1969 et installée en France depuis les années 1990, elle s’était imposée comme l’une des voix les plus importantes de la création contemporaine issue de la diaspora iranienne. Son roman graphique Persepolis, publié entre 2000 et 2003, racontait son enfance pendant la révolution iranienne et la guerre Iran-Irak.
Traduit dans de nombreuses langues, adapté au cinéma en 2007, l’ouvrage est devenu une référence mondiale de la bande dessinée autobiographique.
Au fil des années, Satrapi avait élargi son activité à la réalisation cinématographique, tout en conservant une forte présence dans le débat public. Ses prises de position contre le régime iranien, en faveur des libertés individuelles et des droits des femmes, avaient fait d’elle une personnalité politique autant qu’artistique.
Son engagement s’était particulièrement renforcé après le mouvement « Femme, Vie, Liberté », né à la suite de la mort de Mahsa Amini en 2022. Elle était devenue l’une des voix les plus écoutées de la mobilisation internationale en soutien aux manifestants iraniens.
Une critique persistante de l’action internationale
La relation entre Marjane Satrapi et les autorités françaises avait connu plusieurs ruptures. Après avoir soutenu Emmanuel Macron en 2017, l’autrice de Persepolis avait ensuite dénoncé l’attitude de la France face à la répression en Iran.
En janvier 2025, elle avait même refusé la Légion d’honneur, reprochant à Paris une position qu’elle jugeait hypocrite : selon elle, de jeunes Iraniens, des dissidents et des artistes se voyaient refuser des visas, tandis que les enfants d’oligarques iraniens pouvaient circuler sans difficulté en France. Ce refus, précisait-elle, ne visait pas la France elle-même, pays qu’elle disait aimer profondément, mais ce qu’elle considérait comme un manque de soutien aux Iraniens engagés pour la liberté.
Dans les derniers mois de sa vie, Marjane Satrapi avait aussi lié son nom à une fondation créée avec son mari, Mattias Ripa, disparue avant elle. La Fondation pour le cinéma Mattias and Marjane Ripa-Satrapi devait soutenir des étudiants étrangers souhaitant étudier le cinéma à Paris. Une manière, là encore, de faire de la création un espace d’accueil, de transmission et de liberté.
Une plateforme aux contours encore flous
Interrogé sur ces critiques, Jean-Noël Barrot a rappelé les mesures prises par la France et ses partenaires européens, évoquant notamment les sanctions visant des responsables iraniens ainsi que les démarches engagées contre les Gardiens de la révolution.
Le ministre a toutefois reconnu qu’« il y a une forme de vérité dans ce reproche », tout en soulignant que celui-ci s’adressait selon lui à l’ensemble de la communauté internationale plutôt qu’à la seule France.
Jean-Noël Barrot a aussi replacé le dossier iranien dans le cadre plus large de la gouvernance internationale. Il a dénoncé l’usage « abusif » du droit de veto par certains membres permanents du Conseil de sécurité, notamment la Russie, et rappelé que la France défend une limitation de ce veto en cas d’atrocités de masse, de génocide, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre majeurs.
Les contours du futur espace consacré aux artistes iraniens en exil restent encore flous : financement, fonctionnement, programmation ou critères de participation n’ont pas été précisés.
Crédits photo : a_kep (CC BY-NC-SA 2.0)
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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