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Peine de mort : le grand retour en arrière ? : En Iran, une génération condamnée

Pour parler de la peine de mort en Iran, il y a plusieurs possibilités. Il y a les statistiques, qu’on peut éplucher d’année en année, rapport après rapport, en auscultant les compte-rendus de la justice et des médias du pays : 975 personnes exécutées en 2024, entre 1 639 et 2 159 selon les sources en 2025, des suites de nombres qui quantifient, qui tracent des courbes toujours plus croissantes et toujours plus inquiétantes, mais qui ne disent rien de l’intensité de l’horreur des mises à mort. Il y a aussi les images, loin d’être rares, car l’État iranien, dans sa volonté d’affirmer sa force et d’inculquer la terreur auprès de son peuple, les diffuse parfois bien volontiers, même s’il s’y risque moins en ce moment : celle de corps pendus, des dépouilles accrochées à des grues de chantier, comme autant de potences d’aluminium et d’acier postées aux carrefours des grands axes de Téhéran, d’Ispahan ou de Chiraz. Cette mise en scène de la mise à mort dit quelque chose de la centralité de la peine capitale dans l’édifice du pouvoir iranien, dont la pendaison semble aujourd’hui plus que jamais constituer une clé de voûte. Et enfin, il y a les lettres des condamnés, des mots posthumes comme celui laissé par Erfan Sharkourzadeh : “J’ai été contraint d’avouer sous la torture et l’isolement pendant huit mois et demi”. Le jeune homme de 29 ans a été exécuté pour “espionnage en faveur d’Israël et des États-Unis”, un verdict de plus en plus appliqué par les tribunaux iraniens. Depuis le mouvement « Femme, vie, liberté » survenu fin 2022 et l’accélération du rythme des contestations populaires, le système judiciaire a en effet étendu les motifs de la condamnation à mort pour faire de la pendaison non plus une simple peine mais un instrument de terreur et, in fine, un outil de contrôle politique.

Quelle place l’Iran occupe-t-il dans la hiérarchie mondiale des exécutions judiciaires ? Comment le système judiciaire a-t-il peu à peu étendu la palette pénale des infractions sanctionnées par une condamnation à mort ? Comment cette mécanique judiciaire est-elle mise en scène et instrumentalisée politiquement pour asseoir l’autoritarisme de l’État iranien ? Comment expliquer que les minorités ethniques et religieuses soient surreprésentées parmi les condamnés à mort ?

Julie Gacon s’entretient avec Jean-Pierre Perrin, collaborateur à Mediapart, et Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

Focus – Double peine pour les femmes iraniennes

Avec Chirinne Ardakani, avocate et fondatrice d’Iran Justice.

Si les femmes iraniennes sont rarement condamnées à mort pour des délits politiques, elles sont en revanche nombreuses à encourir la peine de mort pour des affaires “familiales” ou “de mœurs”, dont le caractère politique est occulté alors qu’elles trahissent l’apartheid de genre qui prévaut en Iran.

Pour aller plus loin

Jean-Pierre Perrin (co-scénariste) Femmes. Vie. Liberté, L’Iconoclaste, 2023, et Jean-Pierre Perrin, La prière des poètes, Nevicata, 2017.Rapport annuel sur la peine de mort en Iran en 2025Ouverture dans un nouvel onglet, Ensemble contre la peine de mort, avril 2026.

Références sonores

Référence musicale


Source:

www.radiofrance.fr

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