La bataille de Shiloh, qui s’est déroulée les 6 et 7 avril 1862 pendant la guerre de Sécession américaine, a fait près de 23.746 morts. Un chiffre tragique pour un lieu dont le nom signifie «lieu de paix» en hébreu. À l’issue des combats, plus de 16.000 soldats blessés gisaient encore dans les bois et les ravins, souvent incapables de se déplacer, exposés à la pluie et au froid.
Lorsque les médecins atteignirent enfin le champ de bataille, ils furent confrontés à une scène troublante. Dans l’obscurité, certaines blessures semblaient émettre une étrange lueur bleutée, rapporte Popular Mechanics. Plus surprenant encore, les soldats dont les plaies brillaient avaient, contre toute attente, de meilleures chances de survie que les autres. Ce phénomène mystérieux fut rapidement surnommé «Angel’s Glow» (la lueur des anges) et certains y virent un signe d’intervention divine.
Pendant plus d’un siècle et demi, l’origine de cette lueur resta inexpliquée et ce n’est qu’en 2001 que deux lycéens américains, Bill Martin et Jon Curtis, décidèrent d’étudier le phénomène après l’avoir découvert en cours d’histoire. Avec l’aide de la mère de l’un d’eux, microbiologiste, ils menèrent une enquête scientifique sur le site de Shiloh.
Leur recherche révéla que la mystérieuse lumière provenait en réalité d’une bactérie bioluminescente appelée Photorhabdus luminescens. Contrairement à de nombreuses bactéries présentes dans les plaies, celle-ci n’est pas pathogène pour l’humain. Elle vit en symbiose avec des nématodes présents dans le sol, qui infectent habituellement des insectes.
Un phénomène rarissime
Le mécanisme est remarquable. Les nématodes transportent la bactérie dans leur organisme et l’introduisent dans leurs proies. Une fois à l’intérieur, P. luminescens libère des toxines mortelles pour l’insecte et produit des enzymes qui décomposent les tissus, permettant aux deux organismes de se nourrir. Elle sécrète également des substances antibactériennes qui empêchent d’autres microbes de coloniser la carcasse.
C’est précisément cette propriété qui aurait sauvé de nombreux soldats à Shiloh. Les sécrétions de la bactérie auraient empêché les infections graves, comme la gangrène, responsables d’un grand nombre de décès à l’époque. La bioluminescence elle-même est due à un ensemble de gènes appelé «opéron», qui permet la production de lumière, bien que l’utilité exacte de cette émission lumineuse reste encore débattue.
Une question demeurait toutefois: pourquoi ce phénomène est-il si rare chez l’humain et n’aurait été aperçu qu’une seule fois, à Shiloh? Les expériences menées par les deux étudiants ont apporté un élément de réponse. La bactérie ne survit normalement pas à la température corporelle humaine. Cependant, les conditions météorologiques à Shiloh –pluie intense, nuits froides et humidité persistante– ont probablement abaissé la température des blessés, permettant à la bactérie de se développer temporairement.
Ainsi, ce qui semblait relever du surnaturel s’explique aujourd’hui par un concours de circonstances biologiques et environnementales. Des insectes attirés par le sang auraient transporté ces bactéries jusque dans les plaies ouvertes, où elles ont joué un rôle inattendu de désinfectant naturel.
L’étude de Bill Martin et Jon Curtis, récompensée lors d’un concours scientifique international, a permis d’éclairer définitivement ce mystère historique. Derrière l’image poétique du «Angel’s glow» se cachait en réalité un phénomène microbiologique fascinant et rarissime.
Source:
www.slate.fr


