Parce que les personnes circoncises sont parfois désireuses de récupérer un prépuce dont elles n’ont jamais souhaité être débarrassées –même si l’opération n’a rien d’une mutilation sexuelle–, la start-up californienne Foregen, lancée en 2010 par le mosaïste italien Vincenzo Aiello, entend réussir ce pari et commencera bientôt des essais cliniques –si les autorités sanitaires donnent leur accord pour cela.
Cette organisation à but non lucratif, financée grâce à une campagne de financement participatif, a pour but la création du premier prépuce développé en laboratoire grâce à des techniques de pointe en ingénierie tissulaire. Elle se démarque des options modernes d’inversion de la circoncision, qui impliquent actuellement soit une intervention chirurgicale, soit de longs processus d’«étirement» de la peau encore en place –on vous laisse fabriquer les images.
Bientôt l’impression en masse?
La méthode proposée par Foregen consiste en un processus en deux étapes. Premièrement, une partie du prépuce est prélevée sur un cadavre donné à la science. Ce minuscule fragment de tissu fait ensuite l’objet d’une «élimination cellulaire», comme le décrit William Musa, directeur scientifique de la start-up, pour résumer le processus permettant de n’en récupérer que la structure organique.
Le prépuce décellularisé, également connu sous le nom de tissu fantôme, est ensuite ensemencé avec les cellules souches du patient, ajusté sur mesure et fixé chirurgicalement. L’astuce consiste à enlever suffisamment de cellules pour que le tissu fantôme ne possède plus aucun identifiant unique, mais pas trop pour ne pas compromettre la structure elle-même.
Si Foregen étend son activité –imaginons par exemple que le milliard et demi d’individus circoncis décide simultanément qu’il veut un prépuce–, les ingénieurs de la start-up ont déjà prévu d’avoir recours à la bio-impression cellulaire, qui permet de fabriquer des tissus fonctionnels en grande quantité. Mais il serait déraisonnable de mettre la charrue avant les bœufs: si la start-up existe depuis 2010, ses responsables ne cachent pas que la technologie médicale de pointe au cœur de leur projet pourrait nécessiter au moins une décennie supplémentaire avant d’être au point.
Il faut ajouter qu’en 2023, plusieurs cadres de Foregen avaient quitté leurs fonctions (à l’amiable, nous dit-on) pour aller fonder Akroprint, autre société poursuivant le même but. Le risque est que la division des forces en puissance entraîne une dispersion des talents et donc une perte de temps conséquente dans cet objectif de reconstruction du prépuce, qui semble faire l’objet d’un nombre croissant de demandes –sans pour autant créer un engouement démentiel.
Source:
www.slate.fr


