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"Amine le Conquérant", le youtubeur franco-marocain qui mène la vie de châteaux

Il plonge dans les coulisses de la royauté et de la noblesse française avec un aplomb déconcertant. Au milieu des dorures et des tapisseries, Amine Kassid, en survêtement et baskets, fait en toute décontraction la visite de lieux prestigieux du patrimoine français.  

« Et là, devant moi, c’est le fauteuil roulant du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Louis Joseph, qui était atteint de tuberculose. C’est incroyable », lance le youtubeur au cours de sa vidéo consacrée au château du Champ-de-Bataille près d’Elbeuf, surnommé le « Versailles normand ». « Il possède le jardin privé le plus grand d’Europe, c’est une dinguerie », s’enthousiasme le Franco-Marocain.

Pourtant, la passion des châteaux de France n’a rien d’une évidence pour Amine Kassid. Né en banlieue parisienne dans une famille marocaine modeste, il se retrouve vite fâché avec l’école, va au bout du lycée mais ne passe pas son bac L. Sans projet, il traîne dans son quartier de Cergy. C’est le temps des bêtises et des mauvaises fréquentations.

Mais Amine a un truc : un charisme et une assurance qui attirent l’attention d’une directrice de casting. Il obtient un petit rôle dans le téléfilm « Belleville Story », sorti en 2009. Il passe ensuite des castings et se retrouve choisi pour jouer dans la série anglo-américaine « Merlin ». En tournage au pittoresque château de Pierrefonds, dans l’Oise, il s’émeut de la beauté des lieux.

« C’est ça qui m’a donné envie de découvrir les autres châteaux de France. Dès les années 2010, j’ai commencé à me passionner pour ce patrimoine, je ne savais pas qu’il y en avait autant et d’aussi beau, entre 45 000 et 55 000, si l’on compte tous les domaines, les manoirs… », énumère Amine Kassid, lors d’un entretien accordé à France 24.

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© France 24

« Inciter les gens à visiter »

Après des débuts dans l’audiovisuel et des vidéos humoristiques virales, cet autodidacte se consacre à sa nouvelle passion pour les châteaux Faute d’autorisations officielles, il tourne parfois illégalement avec un drone, jusqu’à attirer l’attention des autorités après une vidéo sur Versailles. Après enquête, l’affaire est classée sans suite.

Mais le jeune homme a de la suite dans les idées. Il contacte sans relâche plusieurs domaines jusqu’à obtenir des réponses favorables pour des tournages en bonne et due forme à Provins, Boschet, Chinon, Loches ou encore au prestigieux château de Chenonceau, l’un des plus beaux et des plus visités de la Loire.

Le château de Chenonceau, dans la vallée de la Loire, au centre de la France, photographié le 3 septembre 2023

Le château de Chenonceau, dans la vallée de la Loire, au centre de la France, photographié le 3 septembre 2023. © Guillaume Souvant, AFP

À l’origine, « Amine le conquérant » n’a qu’une ambition : s’amuser en combinant ces deux amours, à savoir les drones et les vieilles pierres. Mais entre-temps, Amine Kassid a compris que sa chaîne pouvait avoir une autre mission. À travers des anecdotes bien senties et de spectaculaires images aériennes, le youtubeurparvient à toucher des publics éloignés de ce patrimoine, jugé parfois ennuyeux ou tout simplement intimidant.

« Ma fierté par rapport à ce projet, c’est d’avoir pu inciter des gens à visiter en famille ou en couple et qui se prennent en photo, font une ‘story’ et disent : ‘Regarde Amine, on a découvert ce château grâce à toi.’ Cela me rend heureux », confie le youtubeur, qui connaît un pic de notoriété ces dernières semaines.

« Impôt » sur le racisme

Plusieurs médias, dont le Times britannique, se sont intéressés au youtubeur. À la fois pour son talent de conteur, mais aussi pour ce qu’il révèle de la société française. Car « Amine le Conquérant » – clin d’œil à Guillaume, duc de Normandie devenu roi d’Angleterre au XIᵉ siècle – doit faire face à un déferlement de haine pour avoir eu l’outrecuidance de s’approprier l’histoire de France.

« Tout cela parce que je suis un musulman qui s’intéresse aux châteaux de France. Les gens qui m’insultent se croient encore à l’époque des croisades et se prennent pour des Templiers pensant que je suis un Sarrasin. Je ne leur en veux pas : ils sont incultes et ignorants. D’ailleurs, ils font des tas de fautes d’orthographe », ironise le Franco-Marocain.

Pour combattre cette armée numérique, Amine Kassid a fait le choix de prendre l’offensive : il met en avant les pseudos et publie les messages de ses « haters ». « C’est important de partager, car il faut dénoncer, les afficher. Si je vais porter plainte, il n’y aura pas forcément de suite judiciaire. C’est ma seule arme pour me défendre », estime le youtubeur.

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Parmi tous ces messages d’insulte, l’un d’entre eux s’est récemment distingué. « Accent arabe insupportable », a cru bon de commenter le compte Instagram officiel du château de Grissay, en Vendée. Un racisme assumé qui a fait bondir la communauté de l’influenceur.

Devant « le bad buzz », le château a supprimé sa géolocalisation sur Google et passé son compte en privé. Contacté par Amine Kassid, le propriétaire s’est confondu en excuses. Magnanime, « Le Conquérant » a offert son pardon. En échange, il a exigé que le château fasse un don à une association qui aide des enfants handicapés orphelins au Sénégal. « Le premier impôt sur le racisme », s’amuse le youtubeur.

Patrimoine pour tous

Depuis cet épisode déplorable, « Amine le Conquérant » a reçu de nombreuses marques de soutien de la part de célébrités, comme Lorant Deutsch, Thomas Pesquet, mais surtout le « GOAT » de l’histoire royale de France : Stéphane Bern. Dans un message vidéo, l’animateur de France Télévisions remercie le vidéaste de « continuer à défendre l’histoire de France et le patrimoine ».

« Tu défends bien le patrimoine, qui appartient à tout le monde, et tu permets de le faire aimer à tous les Français », affirme l’expert des têtes couronnées.

« J’étais surpris et je ne m’y attendais pas, c’est la référence Stéphane Bern », s’émeut Amine Kassid. « J’ai beaucoup de respect pour lui et je n’oublierai jamais ce soutien. »

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Pour certains observateurs, les critiques et les menaces qui ont visé le travail d’Amine Kassid reflètent aussi les préjugés et les normes attendues de celles et ceux considérés comme légitimes à raconter l’histoire de France.

« Pendant des décennies, nous avons travaillé à démocratiser l’accès au patrimoine. […] Mais nous avons beaucoup moins travaillé à démocratiser le droit de le raconter. Comme si l’histoire de France pouvait être visitée par toutes et tous, mais interprétée seulement par quelques-uns », estime Nicolas Matyjasik, directeur du chantier de reconstruction de la tour et de la flèche nord de la basilique de Saint-Denis, dans une tribune parue jeudi dans Le Monde.

Amine Kassid, lui, n’a pas fini de s’emparer des petites histoires qui composent le grand récit national, à commencer par la sienne. Il s’apprête à sortir « Amine le Conquérant : du bitume au donjon », un livre dans lequel l’influenceur promet de tout raconter, « mes débuts, ma jeunesse, mon premier château, les secrets de tournage, la gendarmerie, le racisme dans les châteaux, mon amour pour la France, bref absolument tout ! »


Source:

www.france24.com

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