Ne manquez pas Lusaint en concert le 1er juillet dans le cadre de la prochaine édition du festival Cognac Blues Passions.
Habituée au public français depuis ses débuts, Lusaint se prépare à venir au festival Cognac Blues Passions, le 1er juillet, sur la scène Jarnac au Coeur du Blues. Les places sont disponibles.
Rencontrer Lusaint après l’avoir entendue chanter a quelque chose de troublant. Est-ce vraiment la même ? Pas évident. Jolie jeune femme au doux regard. L’air réservé, l’élocution posée, un côté intimidé. La voix, elle, est déchirante, presque tragique. Celle d’une femme au lourd passé qui aurait tout vécu, tout enduré. On pense à Nina Simone, Billie Holiday et, plus près de nous, Amy Winehouse. Quand on lui cite ces références, ses yeux s’allument. “C’est un merveilleux compliment. Leur voix, les émotions qu’elles dégagent. Elles m’ont influencée. Et, d’une certaine façon, ces femmes m’ont aidée à soigner mes peurs, à me faire grandir, et à être qui je suis aujourd’hui”.
Sans la musique, Lusaint serait peut-être restée la petite jeune fille timide et solitaire qu’elle a longtemps été. Née le 14 mai 1997 à Manchester (Angleterre), Lucy Hopkins (son nom à l’état civil) est issue de la middle class (père pompier, mère assistante de production à la télé). Fille unique, elle grandit dans son coin, ses parents ne sont pas souvent à la maison. “Mon père pouvait être appelé à tout moment, et ma mère était la plupart du temps à Londres, à la BBC. Je me sentais souvent seule.” Petite, c’est le football qui l’intéresse. “On habitait à côté d’Old Trafford, le stade de Manchester United. Dès que mon père le pouvait, il m’emmenait. J’adorais ça !”
Au début des années 2000, le football des Red Devils est une religion, plus que la scène musicale de Manchester, en retrait après les grandes heures des groupes tels qu’Oasis, The Stones Roses, The Chemical Brothers et The Smiths. Amateur de foot, son père est aussi fan de la Motown. Lucy est baignée dans cet univers musical, loin des standards de l’époque (Rihanna, Maroon 5, Lil Wayne, 50 Cent…). “Je n’avais pas les mêmes goûts que les jeunes de mon âge. J’étais perturbée, timide, stressée, anxieuse. Je me suis alors réfugiée dans la musique.”
Lucy s’entraîne au chant, à la guitare, au piano. Et puis un jour, premier déclic. “À 10 ans, j’ai participé à une audition à l’école. J’ai chanté devant 300 personnes. Un air de gospel. Je ne sais pas comment j’ai eu le courage de le faire. La salle s’est levée pour m’applaudir. Du coup, mes peurs, mes angoisses, tout est parti !”
Toujours dans son monde, Lucy a désormais confiance en elle. La musique l’accompagne chaque jour. Adolescente, elle écoute de la pop, mais ses héroïnes s’appellent Ella Fitzgerald, Eartha Kitt, Billie Holiday. Deuxième déclic. À 16 ans, elle voit un documentaire sur Nina Simone. “Elle dégageait une telle émotion. Sa présence sur scène était incroyable. Je voulais être comme elle. Il fallait que je sois une artiste. Et j’allais tout faire pour y arriver.”
Elle commence par écrire de petits poèmes, “plutôt des choses tristes, mélancoliques. Ça me venait naturellement”. Puis elle compose un peu de musique, qu’elle met sur ses textes, et pose sa voix, singulière. Mais comment se faire connaître ? Elle donne quelques concerts en solo dans un bar. Pas suffisant pour se faire remarquer. “L’industrie du disque à Manchester était au ralenti, et je ne connaissais personne dans le métier. Alors j’ai mis des titres sur internet. Des reprises de Kings of Leon, En Vogue, Fleetwood Mac, que j’interprétais à ma façon. Juste ma voix et une guitare.”
Impressionné par sa façon de chanter, un manager la contacte, et lui fait rencontrer des auteurs et des compositeurs. “Très vite, j’ai vu que ce n’était pas pour moi. Des ballades pop dans l’air du temps, sans intérêt. Je voulais chanter mes chansons, pas celles des autres”. Désorientée, Lucy pense à abandonner. “Je savais ce que je ne voulais pas. Mais je n’avais pas une idée précise de l’artiste que je voulais être. J’étais perdue, démoralisée.” Un jour, par hasard, Lucy enregistre sur son téléphone un air improvisé. “C’était étonnant. De façon presque instinctive, mon style était là, avec une ambiance, une couleur. Comme si ma musique avait trouvé sa voie.”
Lucy Hopkins devient Lusaint : “Il me fallait une autre identité.” Son mélange très personnel de soul, de jazz et de blues (avec une pincée de pop) séduit. Et sa voix, riche, profonde, imprégnée d’un délicieux swing mélancolique, s’impose. Les choses s’enchaînent. En 2022, elle rencontre les bonnes personnes et signe avec le label Heavenly Fire. Elle a déjà enregistré six titres, avec une section de cuivres. L’album est prévu pour le début de l’été. La petite jeune fille timide devenue artiste a désormais un rêve : se produire dans un stade. “Pourquoi pas à Old Trafford, ce serait un accomplissement. Et ça me rendrait moins nerveuse que de chanter devant vingt personnes.”
Bertrand Deveaud
Retrouvez cet entretien avec Lusaint dans notre n°162, disponible via notre boutique en ligne.
Source:
www.rollingstone.fr


