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L’étranger occulté : l’Égypte ancienne et l’immigration

L’idéologie pharaonique place l’Egypte au centre du monde. Tout ce qui est étranger à la Vallée du Nil est chaos, désordre, menace. Une doctrine qui occulte l’apport des étrangers : métallurgistes syriens, musiciens proche-orientaux, princesses venues de loin ont transformé en profondeur la civilisation que nous admirons aujourd’hui.

Une doctrine politico-religieuse développée depuis le début de l’État pharaonique

En Egypte, le pouvoir pharaonique est à la fois un pouvoir temporel et religieux. Le roi doit maintenir la création divine : au centre, le créateur a fait émerger le pays hors des eaux primordiales. La terre d’Egypte, c’est la vallée du Nil. Ce qui l’entoure, c’est ce qui doit être repoussé, comme l’étranger. Cette conception inspire toutes les images et les textes peints et sculptés sur les murs des temples et dans les tombes égyptiennes.

Une histoire égyptienne façonnée par l’apport de populations migrantes

Au fil de son histoire, pourtant, la vallée du Nil s’enrichit de l’apport de populations migrantes, venant de la Nubie, au sud, de la Libye à l’ouest, du Proche-Orient, à l’est. A priori, ni les représentations ni les textes officiels ne permettent de mettre en valeur l’immigration proche-orientale en Egypte. Pourtant, elle se manifeste dans toutes les sphères de la société. Les immigrés venus du Proche-Orient travaillent sur des chantiers navals, dans les vignobles, les ateliers des temples, comme métallurgistes et faïenciers, en tant que domestiques dans de grandes maisonnées.

Les origines sociologiques de ces immigrés sont très diverses. Certaines princesses sont arrivées à la suite de mariages diplomatiques, d’autres ont été faits prisonniers lors d’expéditions menées par le roi égyptien, mais certains sont sans doute venus de leur plein gré. A la fin du IIe millénaire, nombreux sont les hauts-fonctionnaires et les artistes égyptiens à avoir des origines proche-orientales.

Certains dieux proche-orientaux ont même fait leur entrée dans le panthéon égyptien, et avec eux de nouvelles légendes et de nouvelles iconographies ont fait leur chemin dans l’imaginaire des artistes.

L’art égyptien ne serait pas ce qu’il est sans ces ingrédients toujours renouvelés.

Pour aller plus loin :

Bouillon, Hélène, « Diversité du phénomène migratoire en Égypte au IIe millénaire av. J.-C. : les immigrés issus du Proche-Orient ancien et leurs apports sociétaux, technologiques et artistiquesOuverture dans un nouvel onglet« , dans, Bouineau (éd.) L’environnement méditerranéen. De l’Antiquité vécue à l’Antiquité réinventée, Paris, 2020, p. 47-99.


Source:

www.radiofrance.fr

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