Même mortes, les baleines continuent d’être présentes au fond de l’océan, parfois pendant des dizaines d’années. Se crée alors autour de leur cadavre un véritable écosystème, riche et complexe, comme le révèle une étude publiée par Frontiers in Marine Science et relayée par IFL Science. La carcasse des plus gros animaux du monde devient alors un véritable sanctuaire d’espèces sous-marines, variant au fil du temps.
Dans son rapport, la société de recherche Ocean Networks Canada révèle avoir découvert une carcasse de baleine au fond de l’océan en 2009 et l’avoir régulièrement observée depuis à l’aide de caméras télécommandées, en 2012, 2020, 2023 et 2024. Une étude inédite sur le temps long, qui a permis de constater l’importance qu’avaient les cétacés même après leur mort.
Au cours des quinze dernières années, les scientifiques ont vu apparaitre des dizaines d’espèces qui se sont relayées au fil des différentes étapes de la décomposition. D’abord, les requins, crabes et autres charognards se chargent de dévorer la chair de la baleine, ensuite vient le tour des vers et des crustacés qui se nourrissent de la matière organique des os et ayant infusé les sédiments alentours.
Arrive enfin le temps de la phase sulfophile, consacrée aux espèces amatrices de soufre: vers tubicoles, palourdes, escargots de mer forment alors des relations symbiotiques avec des bactéries oxydant le soufre qui, ensemble, décomposent les lipides emprisonnés à l’intérieur des os, libérant ainsi des composés chimiques à base de soufre que d’autres espèces consomment. La dernière étape de ce festin se joue au niveau du squelette: le corail commence à vivre sur les os qui deviennent une structure permanente des fonds marins.
Réchauffement climatique
Une des phases majeures de la décomposition est celle liée à la présence des bactéries oxydant le soufre, qui travaillent pendant de longues années sur le cadavre. Entre 2012 et 2023, les chercheurs ont observé que ces bactéries ont très progressivement occupé une plus grande partie de la surface du squelette.
En 2024, les chercheurs estiment que l’étape de sulfuration est déjà en cours depuis plus de vingt-et-un ans, et qu’elle pourrait durer encore une autre décennie. Pourtant, le processus de décomposition des baleines est habituellement plus rapide. Comment expliquer qu’il prenne autant de temps dans ce cas précis?
Il faut sans doute chercher la réponse du côté de la localisation du site: au bord d’une zone d’oxygène minimum (ZOM), dont la pauvreté en oxygène dissuade certaines espèces de participer au festin, ce qui ralentit l’ensemble du processus.
Ces ZOM s’étendent de plus en plus dans les océans, notamment à cause du changement climatique. Pour les chercheurs, cela signifie qu’on observera sans doute beaucoup plus de carcasses de baleines, se dégradant très lentement au fond de l’eau.
Une bonne nouvelle pour les scientifiques, mais qui pourrait avoir des conséquences graves et encore inconnues pour les fonds marins: «Nous émettons l’hypothèse que le fonctionnement de l’écosystème des carcasses de baleines et la biodiversité qui y est associée pourraient être menacés par l’expansion généralisée d’environnements hypoxiques», conclut l’article.
Source:
www.slate.fr


