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Cadmium, poison sur le pupitre des députés

Il s’agit donc de légiférer à propos du cadmium, ce métal lourd présent dans le blé, les pommes de terres ou tous les aliments produits avec des engrais phosphatés. Une proposition de loi écologiste en ce sens a été adoptée, la semaine dernière, en commission à l’Assemblée. Elle doit être examinée aujourd’hui dans l’hémicycle.La France, trois à quatre fois plus contaminée que ses voisines européennes continue d’autoriser les importations de ces engrais venus du Maroc, qui contiennent pourtant 5 fois plus de cadmium que les normes sanitaires.Hier, les médecins libéraux alertaient sur la progression des cas de cancers associés à ce métal lourd. La loi veut changer notamment les seuils autorisés de cadmium dans les engrais contre l’avis du gouvernement. Et les mises en garde ne datent pas d’hier. Cécile de Kervasdoué

« Si nous continuons comme cela, la quantité de métaux lourds dans notre organisme deviendra dangereuse. Ces métaux lourds qui sont le cadmium, le mercure, le plomb, qui sont des toxiques violents. »Dans ce reportage diffusé en 1982 sur Antenne 2, le biologiste Alain Bompard alertait déjà sur les risques toxiques du cadmium. Classé cancérogène avéré en 1993, il est depuis tenu pour responsable de la multiplication des cancers, notamment du pancréas, mais aussi de maladies comme l’ostéoporose ou l’infertilité. Le docteur Joël Spirou de Vendômois est un expert en santé environnementale depuis 1997. »Dans les années 2010, il y a deux documents qui sont sortis par l’Agence européenne de l’environnement, qui mettaient en exergue une douzaine de molécules dont on connaissait la toxicité et qui ont mis entre 30 et 40 ans avant que les différents États commencent à s’inquiéter. C’est dramatique tout de même, puisque l’humain est une variable d’ajustement pour le développement économique. « 80 % de l’intoxication au cadmium vient des engrais phosphatés qui empoisonnent les sols. Pain, pâtes, pommes de terre, céréales du petit déjeuner. Nous sommes au moins trois fois plus empoisonnés que nos voisins européens, car la France autorise aujourd’hui 90 milligrammes de cadmium par kilo d’engrais, quand l’Union européenne n’en autorise elle que 60 milligrammes et que l’ANSES préconise 20 milligrammes . 20 milligrammes, c’est l’objectif du projet de loi pour 2030. Mais la droite et le gouvernement brandissent le risque d’une crise diplomatique avec notre principal fournisseur d’engrais, le Maroc. Un faux problème, explique la députée Clémentine Autain, qui porte ce texte. »On sait des camions militaires qu’on n’a même pas besoin d’avoir une crise diplomatique avec le Maroc, parce que ça coûte environ 2 euros par hectare. Et à partir du moment où il y a d’autres gisements sans cadmium, vous verrez que les Marocains sauront ‘décadmiumer’ « Contacté, le ministère de l’Agriculture n’a pas souhaité répondre à nos questions.

« L’Assemblée est au pied du mur »

Jean Leymarie dans son billet politique de ce 2 juin 2026 s’est saisi de cette problématique aux conséquences si toxiques. ExtraitCet après-midi, les députés vont enfin se pencher sur notre exposition au cadmium avec cette question Comment la réduire cette exposition? Un député écologiste, Benoît Biteau, a déposé une proposition de loi, Clémentine Autain, du même groupe le soutient. D’autres élus de gauche encore, mais aussi d’autres bords comme Yannick Neuder, des Républicains. L’ ancien ministre de la Santé est aussi médecin. Car le sujet est bien là : la santé. (…) Agir à la source dès que possible, voilà ce que demandent les spécialistes. Voilà ce que propose le député Benoît Biteau, qui est lui même agriculteur. L’Assemblée est au pied du mur. Deux partis ne voulaient pas examiner ce texte : le Rassemblement national et Les Républicains et l’Etat. Officiellement, il est mobilisé. Il veut réduire la part du cadmium dans ses engrais. Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, il y a deux mois au Sénat :

« Les questions agricoles de façon générale, je pense qu’il faut les traiter rationnellement avec mesure, en prenant en compte la complexité des sujets. En évitant de stigmatiser, Lorsque j’entends certains parlementaires qui crient au scandale et qui montrent du doigt l’élevage, la consommation de pain, de riz, de pâtes, de céréales, qu’allons nous manger? Notre agriculture est une belle agriculture. « (…) Vous avez entendu Annie Genevard? Il ne faudrait pas stigmatiser les agriculteurs, ni les mettre en difficulté. Même discours que la FNSEA. Ici, il est absurde car les agriculteurs ne sont pas responsables de cette situation. Mais l’État oui, et il doit montrer le chemin. Des solutions existent. Des engrais phosphatés beaucoup moins riches en cadmium disponibles, sans faire exploser la facture des paysans. Mais pour avancer encore une fois, il faudrait arrêter d’opposer santé et environnement d’un côté, agriculture et souveraineté alimentaire de l’autre. Ça n’a pas de sens. Aujourd’hui, les députés doivent aussi voter la loi d’urgence agricole. Le cadmium, lui, est une urgence sanitaire. La santé n’est pas l’ennemie de l’agriculture.

« Il faut agir sur tous les acteurs de la chaîne »

Comment s’y prendre pour enfin réduire l’exposition au cadmium, ce métal lourd toxique auquel la population est aujourd’hui particulièrement exposée ? Plus largement, comment mieux prendre en compte le critère sanitaire dans notre modèle alimentaire alors qu’il y a urgence ? Anne Sénéquier, chercheuse à l’Institut des relations internationales et stratégiques, où elle co-dirige à l’Iris, l’Observatoire de la santé mondiale était l’ invitée de la rédaction à la mi-journée.

« Il y a urgence, parce qu’effectivement, même si la pollution est déjà là, on parle de bioaccumulation. Bioaccumulation, ça veut dire qu’à chaque fois que l’on va manger un aliment contaminé, on va récupérer une petite dose supplémentaire de cadmium. Donc les décennies passant, et in fine, on arrive à 60 ans avec un taux de cadmium qui va augmenter grandement les facteurs de risque de pathologies. Et l’objectif, c’est d’éviter cela. Et d’autre part, on a une particularité française, c’est qu’on consomme énormément, et notamment nos plus jeunes, d’aliments qui sont impactés par ces pollutions. Cadmium. Et c’est les blés, les céréales, le pain, les viennoiseries, les pâtes, les pommes de terre. Donc on voit véritablement que non seulement ça touche les âges les plus vulnérables, notamment les enfants, mais aussi une sorte d’injustice sociale, parce que finalement, si on comme on le fait de temps en temps en santé publique, de responsabiliser l’individu et l’utilisateur, on va dire manger autre chose. Diversifiez votre votre alimentation. Mais comment le faire lorsqu’il n’y a plus le choix, puisque tout est contaminé dans le bol alimentaire des Français ? « 

Et de fait, ce débat, on pourrait le transposer sans doute de la même manière aux PFASS, aux pesticides, aux microplastiques. Jusqu’à quel point a-t-on véritablement empoisonné nos sols et donc notre nourriture ? Et comment en est-on arrivé là ?

 » Mais en fait, on n’a pas voulu. Cela n’a pas été volontaire d’empoisonner l’alimentation ou nos écosystèmes. C’est surtout ce qu’on a construit, notamment après l’après – guerre, d’un modèle agricole obsédé par une promesse, c’est à dire produire plus, moins cher, plus vite, pour justement cette sécurité alimentaire qui était nécessaire. Alors aujourd’hui, à travers la mécanisation, les pesticides, les engrais azotés, les engrais phosphates. Parce que cette terre, elle était fonctionnelle depuis 10 000 ans, il n’y avait pas de problème. Sauf que quand vous la poussez dans ses retranchements, tout ce que le sol fait de manière naturelle, il ne peut plus le faire parce qu’on lui demande trop. Et du coup, on va rajouter d’autres choses. Et en rajoutant ces engrais, ces pesticides et ces phosphates, on a dégradé cet écosystème. Aujourd’hui, on a des sols qui ne sont pas au mieux de leur forme. Et la problématique de ces pesticides, de ces engrais, de ces métaux lourds présents dans les engrais, notamment le cadmium, c’est sa persistance dans les sols. Certains vont passer dans les cultures et vont arriver jusqu’en haut de la chaîne alimentaire, c’est à dire nous. Donc on a véritablement empoisonné notre alimentation aujourd’hui parce qu’on a séparé ce qui devait et ce qui avait toujours fonctionné ensemble, c’est à dire l’agriculture qui est là pour produire, nourrir, soigner et protéger les milieux vivants dont nous sommes partie. »

Et quelles solutions existent pour permettre à chacun de manger plus, plus sainement ?

 » Mais il y en a, il y en a tout plein et je pense qu’il faut agir sur tous les acteurs de la chaîne. La première solution, c’est de traiter le problème à la source. On a besoin d’engrais phosphatés et aujourd’hui, pour permettre cette transition agricole vers autre chose, mais dans un premier temps, des engrais phosphatés qui ont un taux de cadmium bien moins important. On a besoin de changer ces pratiques agricoles. Donc ça veut dire réduire cette dépendance aux engrais. Mieux connaître les sols, faire des rotations de cultures, protéger les sols, c’est à dire repartir sur des parcelles plus petites. Cultiver avec les auxiliaires de culture, privilégier les cultures moins demandeuses en engrais. Et puis effectivement aussi mieux surveiller, mieux cartographier les sols parce que là, on a eu des vigilances de l’ANSESOuverture dans un nouvel onglet qui en a fait une première étude entre 2006 et 2014 et aujourd’hui en 2026. On ne peut pas attendre comme ça qu’il y ait un organisme de surveillance qui « pop up » toutes les décennies. Mais on a besoin véritablement de suivre cette décroissance aujourd’hui pour que finalement, à travers de regarder le monde à travers de la santé, on pourrait le rendre plus humain pour que ça ne soit moins néfaste pour notre quotidien. »


Source:

www.radiofrance.fr

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