Il y a sept semaines, le ministre russe de l’Énergie affirmait qu’aucune restriction supplémentaire à l’exportation de carburant n’était nécessaire. Aujourd’hui, Moscou prépare pourtant l’interdiction des exportations de kérosène pour une durée d’un à deux mois, selon des informations de l’agence de presse russe Interfax, relayées par Euromaidan Press. Ce revirement spectaculaire est directement lié à la pression exercée par les drones ukrainiens sur les infrastructures pétrolières ennemies: les raffineries russes tournent à leur niveau d’activité le plus bas en seize ans.
La Russie exporte environ 40% de sa production de gazole et figure parmi les principaux fournisseurs mondiaux de carburant. La mesure prise sur le kérosène vise notamment les grandes raffineries productrices comme Rosneft ou Lukoil, jusqu’ici exemptées de l’interdiction partielle des exportations de carburant en vigueur depuis le 31 janvier. Les sources consultées par Interfax divergent toutefois sur l’extension éventuelle de ces restrictions: certains indiquent que la décision est «presque prête», tandis que d’autres jugent cette limitation «peu probable», l’offre étant encore suffisante aujourd’hui.
Après une réunion avec le vice-Premier ministre Alexandre Novak mardi, les compagnies pétrolières ont reçu l’instruction de réduire leurs ventes à l’étranger. Le retrait de ces carburants du marché international serait susceptible de faire monter les prix mondiaux, compte tenu du rôle central de la Russie dans l’approvisionnement énergétique global.
Une stratégie ukrainienne payante
Peu de temps avant ces annonces, le ministre Sergueï Tsivilev déclarait encore le 3 avril qu’«aucune restriction supplémentaire sur les exportations de gazole» n’était justifiée, car les réserves dépassaient la demande intérieure. Peu après, les raffineries russes chutaient à 4,7 millions de barils par jour en avril –le niveau le plus bas depuis décembre 2009. Pas besoin de chercher bien loin pour en trouver la cause: les attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes ont visiblement l’effet escompté.
L’intensité des frappes a nettement augmenté ces dernières semaines. En avril, les drones ukrainiens ont touché trois fois la raffinerie de Touapsé en douze jours, avant de lancer une nouvelle offensive le 1ᵉʳ mai. Le 15 mai, une nouvelle frappe a touché la raffinerie de Riazan, près de Moscou, enflammant une des plus grandes installations du pays. Reuters estimait alors que 40% de la capacité d’exportation de pétrole russe –soit environ 2 millions de barils par jour– avaient été mis hors service.
Le gouvernement russe a affirmé dans un communiqué que l’approvisionnement «fiable et ininterrompu» du marché intérieur en carburant restait une priorité, appelant à un suivi renforcé et, si nécessaire, à des «mesures supplémentaires opportunes».
Le texte ne mentionne ni les discussions sur l’interdiction du kérosène ni celles sur le gazole. La Russie, troisième producteur mondial de pétrole, se prépare désormais à rationner ce que ses plus grandes entreprises vendaient systématiquement à l’export, sans pour l’instant l’assumer totalement.
Source:
www.slate.fr


