
Cet article de Caroline Douteau est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°952, daté juin 2026.
Et si une solution contre la pollution plastique venait de l’océan ? Ou plutôt de l’un de ses habitants, le calamar, qui pourrait produire un plastique biodégradable. C’est l’idée du projet Bioplastics from the deep (Bioplastiques des profondeurs, en français), qui vient d’être sélectionné parmi 300 projets innovants par la fondation Pure Ocean, un fonds de dotation qui finance des projets scientifiques internationaux pour protéger l’océan et sa biodiversité.
Chez le calamar, ce sont surtout les dents annulaires présentes sur certaines ventouses leur permettant d’agripper leurs proies qui retiennent l’attention des chercheurs. Les protéines qui les composent s’organisent en un réseau dont la structure évoque celle des soies d’araignées, tout en étant plus résistantes. Leur nom : les suckerines.
« Plus petites que les protéines de soie d’araignée, les suckerines sont réputées plus faciles à produire en laboratoire », explique Julia Jansing, chercheuse en biotechnologie moléculaire appliquée à l’université de Maastricht (Pays-Bas). Les dents de l’animal présentent, en outre, un comportement thermoplastique : chauffées, elles peuvent ramollir, être remodelées, puis se solidifier et se rigidifier lors du refroidissement. « C’est un comportement extrêmement inhabituel pour un matériau à base de protéines, dont la plupart se dégradent à des températures élevées. » D’où l’idée de se lancer dans une production de protéines de suckerin-18 à plus grande échelle « dans le but de les utiliser comme biomatériaux sans avoir à capturer des calmars ».
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La suckerin-18, candidate pour des applications médicales
Pour cela, son équipe intègre un gène au génome d’un organisme facile à cultiver en laboratoire, en l’occurrence la variété de tabac Nicotiana benthamiana et la bactérie Escherichia coli. Si la première donne peu de résultats, E. coli permet « de multiplier par 5 à 10 le rendement en protéines par rapport à de précédentes études », se réjouit Julia Jansing. Elle optimise ensuite les conditions de culture des cellules et la purification de la protéine obtenue. Reste à adapter le processus à grande échelle, en utilisant un petit bioréacteur. Une fois purifiée et séchée, la protéine se présenterait sous forme de poudre qui, mélangée à un plastifiant et chauffée, permettrait d’obtenir une masse souple et malléable.
Une production conséquente sera nécessaire afin de comparer ses propriétés à celles des polymères couramment utilisés. Déjà, « en matière de biodégradabilité, la protéine semble faire ses preuves », annonce la scientifique, évoquant des résultats bientôt publiés. Une étape majeure dans la future fabrication de produits commercialisables à base de suckerin-18.
Dans un premier temps, elle « ne pourra cependant pas rivaliser avec les plastiques de masse bon marché ni les remplacer, car elle sera encore trop coûteuse », concède Julia Jansing. Mais elle pourrait déjà être intéressante dans le secteur médical pour des films autocicatrisants, des hydrogels et dans l’ingénierie tissulaire dédiée à la régénération des organes. Un premier pas prometteur.
Source:
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