Après des décennies de développement, la surveillance de la faune sauvage entre enfin dans une nouvelle ère. Le satellite Icarus permet désormais de suivre, depuis l’espace, des signaux invisibles inscrits dans le comportement des animaux, une avancée, estime la BBC, qui pourrait aider à sauver des espèces menacées comme les guépards, les rhinocéros ou les éléphants.
Mise en situation: dans la savane, un groupe de braconniers avance, en chasse. Autour d’eux, les gnous, les zèbres et les girafes pressentent déjà le danger, avant même de le voir. Quand le coup de feu retentit, la panique se propage aussitôt et tous les animaux détalent. Depuis le ciel, un drone enregistre ces réactions afin de révéler, en analysant les images, des schémas répétés de fuite et de dispersion.
Il ne s’agit pas ici d’une véritable chasse, les personnes armées étant en réalité des scientifiques simulant la présence de braconniers afin d’étudier la réaction des animaux. Leur objectif est donc de repérer les signatures comportementales associées à une menace humaine, pour entraîner un algorithme capable d’alerter ensuite les gardes en temps réel.
Le site d’Okambara, en Namibie, est un terrain d’essai idéal pour ce projet. Dans cette réserve de 169 kilomètres carrés, environ 5% des grands animaux sont équipés de balises GPS qui transmettent en continu leur position. Les données recueillies doivent servir à protéger des populations animales dans des zones bien plus vastes et beaucoup moins surveillées, comme le bassin du Congo ou certains parcs nationaux d’Afrique australe.
100.000 animaux suivis d’ici à 2030
Derrière cette initiative se trouve Martin Wikelski, ornithologue et spécialiste du mouvement animal au Max Planck Institute of Animal Behavior en Allemagne. Son ambition est immense: équiper 100.000 animaux à travers le monde d’ici à 2030 afin de bâtir un véritable «internet des animaux». Selon lui, les animaux peuvent devenir des sentinelles naturelles, capables d’indiquer quand un danger, comme un braconnier, approche.
Pour ce faire, les chercheurs misent sur des technologies miniaturisées de plus en plus sophistiquées. Les nouvelles balises peuvent mesurer non seulement la position GPS, mais aussi l’activité, la température corporelle, le rythme cardiaque ou encore des paramètres environnementaux. Certaines sont désormais assez petites pour être portées par des oiseaux, voire par des papillons, et fonctionnent grâce à des supercondensateurs plus durables que les batteries classiques.
Cette miniaturisation marque une rupture avec les premiers dispositifs de suivi, apparus dans les années 1970. À l’époque, les colliers étaient encombrants, peu précis et inadaptés à la majorité des espèces. Aujourd’hui, les capteurs issus de l’internet des objets permettent un suivi beaucoup plus fin, parfois jusqu’à l’échelle du centimètre, et peuvent même fonctionner lorsque la connexion satellitaire est momentanément indisponible.
Le grand défi reste toutefois la transmission des données depuis des régions isolées. Dans des lieux comme Kruger, en Afrique du Sud, les équipes utilisent déjà des milliers de balises pour suivre rhinocéros, zèbres, antilopes et éléphants. Ces données ont permis, dans certains cas, de repérer des animaux blessés ou piégés, et d’aider les rangers à intervenir plus vite.
C’est désormais le déploiement spatial du système Icarus qui pourrait changer la donne. Avec plusieurs satellites en orbite d’ici à 2027, les chercheurs espèrent recevoir en temps réel des informations sur les déplacements d’animaux partout sur la planète. Cette nouvelle génération de suivi pourrait enfin répondre à des questions cruciales en observant avec précision où vivent, migrent et meurent les animaux sauvages.
Source:
www.slate.fr


