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La F1 a-t-elle gagné la partie avec son nouveau règlement ?

Après un mois de pause forcée, le championnat du monde de Formule 1 va reprendre ses droits, dimanche à Miami, pour la quatrième manche de la saison.


Publié le 01/05/2026 06:00

Temps de lecture : 4min

Les monoplaces sur la piste du Grand Prix du Japon, à Suzuka, le 29 mars 2026. (ARTUR WIDAK / AFP)

Un mois d’absence, mais pas de quoi faire oublier les débats. Alors que les monoplaces vont retrouver la piste sur l’Autodrome international de Miami, en Floride (Etats-Unis), après les annulations des épreuves à Bahreïn et en Arabie saoudite à cause du conflit au Moyen-Orient et une pause forcée, l’heure est déjà à un premier bilan. Dans une saison marquée par un important changement de réglementations, où la discipline est particulièrement sous le feu des projecteurs, quels premiers retours sur les nouveautés et les évolutions après trois Grands Prix et une course sprints disputés ?

L’un des objectifs du nouveau règlement était de rendre la course et le spectacle en piste plus dynamique, et sur ce plan-là, il peut être perçu comme une réussite. Avec les modifications sur la taille des voitures et la nouvelle répartition énergétique du moteur, les monoplaces ont montré sur les trois premiers week-ends de course qu’elles étaient plus facilement capables de se suivre. « De toutes les voitures que j’ai pilotées depuis 20 ans, on a enfin une voiture qui peut suivre les autres à grande vitesse et ne pas perdre tout ce qu’on a. On peut rester derrière », savourait Lewis Hamilton après le week-end en Chine.

« Le spectacle en piste existe, oui, en course il y a des dépassements, de l’animation, on voit des belles courses. Il ne faut pas tout changer, il faut juste ajuster ce rapport énergétique », estime Julien Simon-Chautemps, ingénieur spécialisé dans les sports mécaniques et ancien ingénieur de course de l’écurie Sauber (2017-2021). Au terme du Grand Prix d’ouverture de la saison, à Melbourne (Australie), la Formule 1 s’était ainsi targuée d’un passage de 45 dépassements sur la course de 2025 à 120 cette année. Une tendance qui s’est confirmée, puisque sur les trois premières manches de 2026, le nombre de dépassements a augmenté de 265%.

Le début de saison a également opéré quelques bouleversements dans la hiérarchie, et voit par exemple les deux meilleures équipes de la saison passée ne pas jouer, pour l’instant, les premières places. McLaren, champion constructeur en 2025, a glissé à la troisième place, sans le moindre podium pour l’instant, alors que Red Bull, son grand rival l’an passé, a dégringolé sixième. À l’inverse, Haas et Alpine, deux des trois équipes sans podium en 2025, s’accrochent pour l’instant aux 4e et 5e places respectivement.

Mais ce nouveau règlement a aussi apporté son lot de critiques et d’éléments à revoir. Les pilotes et de nombreux supporters ont dénoncé le côté artificiel des dépassements en piste, et donc du spectacle. « Cela crée des effets de yo-yo pendant les courses, où le pilote appuie sur un bouton, il décharge sa batterie, il passe une autre voiture, mais après la batterie n’a plus d’énergie, donc celui qui est derrière, il peut le repasser en utilisant lui-même une partie de sa batterie pour empêcher les attaques », décrypte Julien Simon-Chautemps.

Ils ont appris depuis le karting à freiner tard, accélérer tôt, aller le plus vite possible dans les virages et maintenant il faut qu’ils se reconditionnent à un nouveau style de pilotage.

Julien Simon-Chautemps, ingénieur spécialisé dans les sports mécaniques

à franceinfo: sport

Certains ont notamment regretté des dépassements forcés, poussés par la machine, comme Lando Norris sur Lewis Hamilton au Japon : « Je ne voulais même pas dépasser Lewis, c’est que la batterie se déploie, et je ne le veux pas, mais je ne peux pas le contrôler. » De retour au volant d’une Formule 1 après un an d’absence, Sergio Pérez a décrit, après l’Australie, une voiture « très différente de ce à quoi [il était] habitué » : « Ce n’est pas aussi amusant qu’avant, sur le plan de la course, et avec tout le management qu’on doit faire, ce n’est pas incroyable ». Autant d’aspects qui diminuent, à leurs yeux, l’impact du pilote et de son pilotage. « Je comprends la frustration des pilotes, il y a une partie qui devient beaucoup plus contrôlée par les ingénieurs », détaille Julien Simon-Chautemps. « Ça l’a toujours été mais encore plus cette année, où on peut dire que l’influence des ingénieurs sur la performance de la voiture est encore plus importante que ce qu’elle n’était dans le passé. »

La gestion de la batterie est particulièrement compliquée en qualifications, où les pilotes se retrouvent contraints de la recharger et de la gérer même en tour rapide, et perdent donc de la vitesse, ce qui donne des sessions négociées de façon « contre-intuitive » selon Oscar Piastri. « Le fait d’être consistant paye plus que le fait de prendre des risques et de tenter quelque chose que tu n’as jamais fait avant, ce qui est dommage et rend les qualifications beaucoup moins intéressantes », regrettait ainsi Charles Leclerc au Japon.

La dernière course au Japon a surtout mis en valeur les dangers inhérents aux grandes différences de vitesse, après l’impressionnant incident entre Ollie Bearman, qui utilisait son « boost » à pleine vitesse, et Franco Colapinto, alors en recharge de batterie. « Toutes les voitures vont avoir des stratégies de déploiement et de recharges différentes. […] Quand on arrive à 300 et quelques kilomètres heure derrière une voiture qui est en train de recharger à 240, ça doit faire bizarre. Surtout dans un virage, à l’aveugle, ce genre de choses, il faut qu’ils essayent de le réduire ou de l’anéantir complètement », note Julien Simon-Chautemps.

Les instances ont profité de la pause pour revoir légèrement leur copie et procéder à des « ajustements » de la réglementation, qui concernent notamment la gestion de l’énergie en qualifications, pour limiter le besoin et le temps consacré à la recharge. La puissance du « boost » a notamment été réduite, à la lumière de l’accident Bearman-Colapinto, et le moteur proposera désormais une accélération minimale au départ pour éviter les voitures collées sur la grille, comme en Australie. Ces changements seront effectifs dès le Grand Prix de Miami, et pour le reste de la saison.


Source:

www.franceinfo.fr

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