Jusqu’ici, Ulysse a vécu avec sa mère à bord d’un « petit bateau, vieux et fatigué par la mer, rongé par le sel et les coquillages ». Mais il attend plus de la vie, espère pouvoir trouver une voie qui lui correspond réellement. De son côté, Ariane n’a pas eu beaucoup de chance non plus : dans sa famille, personne ne l’aime tant que ça.
D’ailleurs, elle vit dans une cabane en haut d’un arbre, là, dans le jardin, plutôt qu’avec le reste de sa fratrie. Et Edgar ? Lui n’a jamais réussi à s’entendre avec son père, un homme violent. Alors, quand il envisage le futur, les études supérieures… eh bien, tout ça, ce sera forcément loin. Ailleurs.
Mais aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer que le prochain chapitre de leur existence commencerait en suivant un mystérieux lapin blanc en plein rêve… Un rêve aux airs de réalité. Car une fois trouvé l’Index Bleu, c’est Noisulli qui les attend.
« Plus haut qu’un gratte-ciel, le tronc s’élevait au milieu d’un lagon calme, entouré par un anneau protecteur, sur lequel venaient s’écraser les vagues de l’océan. Le gigantesque feuillage bleu marine du chêne s’ouvrait comme un parapluie pour abriter un monticule de tours blanches de différentes tailles, coiffées de coupoles allant du turquoise au violet, en passant par le bleu. Sur la ceinture de l’île et accrochés aux terrasses des tours, des jardins luxuriants ponctuaient la palette du décor. L’ensemble flottait, suspendu au milieu de l’océan. C’était donc ça, Noisulli.
C’était donc ça, l’université du rêve. »
Poisson Fécond — aussi connu pour ses nombreuses chaînes YouTube — nous invite ici en tant qu’auteur à rejoindre un voyage onirique haut en couleur. L’intrigue, relativement classique, évoque ce schéma déjà bien poncé en littérature jeunesse : des jeunes qui intègrent une école particulière, unique même, et qui par la même occasion découvrent un univers magique, caché aux autres, où ils apprennent à développer des capacités magiques…
Ça vous parle ? Mais au-delà de cette histoire et des personnages qui l’habitent, il y a une expérience à part entière pour chaque lecteur et lectrice qui se plonge dans Noisulli. Ce roman-théâtre repousse les limites du médium. Parlons d’abord des illustrations : omniprésentes, elles occupent toutes les pages, créant une atmosphère fascinante. Les détails font écho à ce qui se trouve dans le texte : des animaux fantastiques, des peintures familières, de petits objets magiques et des symboles cachés dans certains recoins… C’est beau, c’est coloré, au point de rendre cet univers encore plus tangible au fil des pages.
Ensuite, la musique. Car oui, pour garantir une immersion de bout en bout, l’auteur nous propose une playlist originale, synchronisée à la lecture – à laquelle on accède grâce à un QR code. À chaque scène, sa musique d’ambiance.
Si l’exercice est un peu surprenant au début, on se prend vite au jeu. Finalement, la lecture se transforme en une expérience complète, auditive et visuelle, qui sollicite juste assez pour ne pas se sentir submergé.
« Pour les rêveurs lucides, ce monde porte un autre nom : le Thêta. Le Thêta est partout. Il est présent en ce moment même. […] Vous baignez dedans, même quand vous vous pensez réveillés. Vous ressentez sa présence constamment. Il est la matrice de l’illusion qui se superpose à votre regard pour vous empêcher de voir la réalité. »
C’est original et travaillé, on sent toute l’énergie qui a été fournie pour créer ce livre-objet. C’est donc d’autant plus dommage de tomber sur des coquilles et quelques incohérences… À voir si le prochain tome saura rectifier le tir pour aller au bout de son potentiel !
Par Valentine CostantiniContact : valentine.costantini@gmail.com
Source:
actualitte.com


