« Le thème de la “fatigue démocratique” fait porter aux citoyens la responsabilité d’un malaise dont les causes sont largement institutionnelles »

A en croire certains, la démocratie française serait « fatiguée ». Abstention, défiance, montée des populismes… autant de signes d’une érosion des valeurs démocratiques, voire d’une dérive autoritaire. Ce diagnostic s’est imposé dans le débat public depuis une quinzaine d’années, mais il est trompeur. Nos données [disponibles dans l’ouvrage collectif French Democracy in Distress, « la démocratie française en détresse », Palgrave Macmillan, 2025, non traduit] racontent une tout autre histoire.

Les votes protestataires et les discours populistes ne prospèrent pas sur un rejet de la démocratie, mais sur le sentiment que la souveraineté populaire est entravée. Les mobilisations massives ignorées (plus de 1 million de manifestants contre la réforme des retraites, plus de 500 000 opposants à la proposition de loi Duplomb, 700 000 à la proposition de loi Yadan), les réformes adoptées sans véritable délibération, les dispositifs de participation citoyenne sans portée décisionnelle (convention citoyenne pour le climat, cahiers de doléances) ne peuvent qu’accréditer ce sentiment de dépossession politique. A chaque fois, la parole citoyenne est à peine écoutée et reste sans conséquence. C’est le cœur du problème français.

En réalité, les Françaises et les Français ne se détournent pas de la démocratie. Ils y restent massivement attachés, ils continuent de la considérer comme le meilleur régime politique. Ce n’est pas l’adhésion aux principes démocratiques qui se dégrade, c’est leur mise en œuvre qui est critiquée.

Ce décalage est bien documenté. Loin d’être résignés ou ambivalents, citoyennes et citoyens sont des démocrates insatisfaits. Ils ne rejettent pas la démocratie libérale, c’est-à-dire l’Etat de droit, les libertés publiques et les élections. Ils contestent la manière dont celle-ci est pratiquée : une représentation socialement biaisée, un usage partisan des règles du jeu politique, et une souveraineté populaire confisquée par une pratique du pouvoir distante et déconnectée. Dans ces conditions, l’élection n’est plus perçue comme un horizon suffisant pour produire de la légitimité politique durable.

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Source:

www.lemonde.fr

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