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La chute de TuMangaOnline, géant hispanophone du piratage manga

Pendant des années, TMO a occupé une place centrale dans l’écosystème pirate en espagnol. Le site distribuait gratuitement mangas et manhwas (bandes dessinées coréennes) via plusieurs noms de domaine, et son audience était massive.

Une enquête de DeepSee.io publiée fin 2024 identifiait zonatmo.com comme l’un des domaines les plus visibles du secteur et estimait que l’ensemble des propriétés liées à TMO avait généré plus d’un milliard de vues en novembre 2024. Cette même enquête reliait l’opération à la société espagnole Nakamas Web SL, ce qui, pour un site pirate, constituait un degré d’exposition inhabituel. 

Une intervention policière en Espagne

Le démantèlement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Selon TorrentFreak, les premiers problèmes d’accès sont apparus autour du 18 mars 2026. Les utilisateurs ont d’abord cru à une interruption provisoire, d’autant qu’un message de « maintenance » restait affiché. Mais la situation a changé lorsque le domaine principal a été placé en statut clientHold par son registrar, un signal généralement associé à une plainte juridique et qui rend le domaine inaccessible.

Les informations publiques du nom de domaine (WHOIS) indiquaient toujours que la société Nakamas Web était liée au site. Mais cela ne permet pas, à ce stade, de confirmer officiellement qu’elle en assurait la gestion ou l’exploitation.

COA, la Copyright Overseas Promotion Association, organisation sud-coréenne chargée de défendre les droits d’auteur à l’international, a mené avec IP House une enquête de plusieurs mois sur la diffusion non autorisée de contenus coréens traduits en espagnol. L’organisation, qui se présente comme une coalition de grands fournisseurs de contenus coréens – télévision, musique, films et bandes dessinées – explique qu’elle concentre une partie de son activité sur l’anti-piratage international.

Dans ce dossier, les éléments réunis avec le cabinet espagnol Santiago Mediano Abogados ont été transmis aux autorités locales, ouvrant la voie à une action de police à Almería, en Espagne. 

Le communiqué d’IP House est plus précis sur la mécanique de l’opération que sur ses suites judiciaires. Il affirme que l’enquête a permis d’identifier un réseau de sites interconnectés, comprenant notamment Visortmo et TuMangaOnline, et que les autorités espagnoles ont ciblé des personnes associées à ce réseau, ce qui a conduit à la fermeture des plateformes.  En revanche, ni IP House ni COA n’ont donné le moindre détail sur d’éventuelles arrestations, sur l’identité des personnes visées, ni sur l’existence d’un accord avec les exploitants. 

Une coopération internationale contre le piratage

COA présente ce dossier comme un cas emblématique de piratage transnational. Son directeur exécutif, Itae Choi, souligne que la contrefaçon et le piratage en ligne « ne sont plus un problème limité à un seul créateur ou à un seul pays », et que leur traitement exige une coopération active entre secteurs public et privé au-delà des frontières. De son côté, le directeur général d’IP House, Jan van Voorn, estime que ce résultat montre la force de la coopération internationale face à des réseaux « complexes » de piratage numérique et salue explicitement l’action de la police nationale espagnole. 

L’un des enjeux de ce dossier est aussi géopolitique qu’industriel. Les contenus coréens – en particulier les webtoons – sont devenus un secteur stratégique de l’export culturel sud-coréen, ce qui explique la montée en puissance de structures comme COA. L’organisation indique d’ailleurs que l’affaire TMO ne constitue pas un point final, mais s’inscrit dans une initiative d’ensemble de protection des contenus coréens à l’étranger. COA affirme poursuivre l’identification des opérateurs de plateformes analogues et préparer des actions coordonnées dans plusieurs juridictions. 

La chute de TuMangaOnline s’inscrit enfin dans une séquence plus large de durcissement contre les grands sites pirates liés au manga et à l’anime. En janvier 2026, CODA, l’organisme japonais de lutte contre le piratage, a annoncé que l’opérateur de BATO.TO – présenté comme le plus grand site pirate de mangas au monde – faisait l’objet d’une enquête pénale en Chine.

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CODA indiquait qu’il avait reconnu l’exploitation d’un ensemble d’environ 60 sites, totalisant 350 millions de visites en mai 2025. Dans le même temps, HiAnime figurait encore sur la Notorious Markets List 2025 publiée par l’USTR, l’agence du gouvernement américain chargée du commerce extérieur, qui lui attribuait plus de 244 millions de visites en août 2025. Sa mise hors ligne a été signalée en mars 2026, sachant que les causes exactes de cette fermeture n’avaient pas été officiellement confirmées.

Crédits photo : EFFIE YANG CC BY NC ND 2.0

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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