« Zoom sur les vrais tatouages de Junon. Il y en a dix. Un papillon, plus précisément un paon-du-jour ; trois chevreuils différents ; le mot Euphoria, autour duquel voltigent quatre petits papillons. Une danseuse dans une robe flottante ; un parapluie gothique, déplié, en dentelle noire. En haut, sur l’épaule droite, un motif de roses sur un treillis d’épines.
Et puis, sur sa cuisse droite, Dolce Vita. Une écriture fine, courbée, qui surmonte une étoile dessinée en pointillés. »
Junon Isabella Flock. Femme de Jupiter, fidèle, attentive. Serviable pour ce mari en fauteuil roulant, de plus en plus dépendant. C’est elle qui s’occupe de faire les courses, de garder la maison propre, de faire attention aux dépenses. Ils ne sont pas riches, il faut donc faire la part des choses.
Bien après minuit, alors qu’elle n’arrive pas à fermer l’œil, Junon s’occupe. Elle s’amuse à répondre à des messages, envoyés par des hommes qu’elle ne connaît pas. Des adeptes du love-scamming, qui mettent tout en œuvre pour nouer une relation avec des femmes âgées, en manque d’affection, avant de leur demander des sommes mirobolantes. Elle s’est renseignée sur le sujet, a regardé des documentaires, alors elle ne se laissera pas duper. Au contraire, elle laisse libre cours à son imagination. S’invente une vie différente, de liberté, d’aventures.
L’un de ces love-scammers, une fois démasqué, continue de lui écrire. Un certain Benu, du Nigeria. Avec lui, elle parle souvent. Si bien que ces conversations lui inspirent de nouvelles lectures, femme blanche vivant en Allemagne, privilégiée, gâtée par la vie…
Dans ce court roman, Martina Hefter tisse une histoire surprenante, au coeur de l’intime de cette femme encore en quête d’elle-même. Face à ces différentes relations – amoureuses ou non, intenses ou non, réelles ou non –, tout n’est-il pas une question de dépendance ? Jusqu’où va-t-elle ? Avec humour et perspicacité, ce récit est un épisode de vie à déguster sans modération.
Traduit de l’allemand par Guillaume Deswarte.
Source:
actualitte.com


