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« Cesar Chavez, emblème de la lutte latino, n’était pas un allié des sans-papiers que la police de l’immigration américaine persécute aujourd’hui »

Lorsqu’en 1961 le syndicat américain United Farm Workers (UFW) parvint à obtenir des conditions humaines pour les travailleurs agricoles, Cesar Chavez [1927-1993] devint rapidement le visage des droits des Latinos – une sorte d’équivalent mexicain-américain de Martin Luther King [1929-1968].

Bien que l’UFW fût dirigée par de nombreuses autres figures, parmi lesquelles la militante Dolores Huerta, c’est le visage de Chavez qui fut gravé sur les plaques des universités américaines où l’on enseignait les latino studies. Dans la hâte de revendiquer une place pour les Latinos dans l’histoire américaine, sur fond de suprématie blanche, Chavez devint omniprésent.

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Ainsi, depuis la révélation le 18 mars par le New York Times des viols et abus sexuels commis par Chavez sur des mineures, mais aussi sur Dolores Huerta plus de soixante ans auparavant, c’est bien le sentiment de malaise qui domine dans les communautés. La figure emblématique de notre lutte latino doit être remplacée.

Ce choc est aggravé par le fait qu’à l’ère des raids tous azimuts de l’ICE [Immigration and Customs Enforcement, la police de l’immigration américaine], la chute de Chavez affecte le sort de tous ceux qui lui ressemblent, qu’ils soient citoyens américains ou non. Les personnes sans documents d’identité ou d’immigration sont, en effet, les principales cibles de l’ICE, en particulier les personnes d’origine amérindienne ; et si la mort de citoyens américains lors d’opérations de l’ICE a suscité l’indignation publique, c’est l’indifférence qui entoure le meurtre de personnes sans papiers en détention.

Il appelait à leur arrestation

Or, le mépris pour la vie des sans-papiers reflète un préjugé ancien, selon lequel ceux-ci ne feraient pas légitimement partie du tissu de la société américaine. Une idée reçue que l’administration Trump a bien sûr embrassée, mais aussi certains Latinos – et, parmi eux, des militants comme Chavez.

Les révélations sur les abus sexuels de Chavez obligent, en effet, la communauté latino à affronter un sujet qu’elle s’obstine depuis trop longtemps à esquiver : Chavez n’était pas un allié des sans-papiers que l’ICE persécute aujourd’hui. Pis, il les désignait souvent avec mépris et appelait à leur arrestation – après tout, l’afflux d’une main-d’œuvre moins chère affaiblissait l’UFW.

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Source:

www.lemonde.fr

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