Publié le 14/04/2026 07:15
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C’est l’angoisse de tous les propriétaires : la fissure. Elle commence petite et ne cesse de s’étendre. Souvent irréversibles, les fissures dans les murs ou les façades coûtent des fortunes à réparer et font perdre de la valeur aux maisons.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Chaque année, Francette Riby, habitante sinistrée de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher), voit sa maison se délabrer un peu plus sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Des fissures se trouvent par dizaines sur tous les murs. Sa façade est complètement lézardée. Vivre dans sa maison devient une épreuve. La terrasse s’est affaissée de 10 cm. Et dans le salon, la retraitée s’est habituée à vivre dans le noir. « Les volets, les fenêtres, on ne peut plus les ouvrir, que ce soit d’un côté ou de l’autre. On est obligé de les fermer », déplore-t-elle.
Les fissures sont apparues en 2018, 40 ans après la construction de la maison, pendant un épisode de sécheresse. Sur le terrain argileux, le phénomène est bien connu : le retrait-gonflement des argiles. En cas de forte pluie, le sol se gonfle presque instantanément. Lorsque viennent les sécheresses, l’argile se rétracte. Ce sont ces mouvements qui créent les fissures, un phénomène aggravé par le réchauffement climatique.
Et dans le garage de Francette Riby, au sous-sol, il a même fallu installer des étais pour soutenir le plafond. « On n’a aucune vue pour l’avenir. Le problème est là. On ne peut pas la vendre. Qui voudrait acheter une maison fissurée ? », déplore la propriétaire. La retraitée le sait bien, pour vendre sa maison, elle doit réaliser des travaux estimés à 300 000 euros. Impossible à financer pour le couple, avec 1 650 euros de retraite mensuelle.
Impossible également de compter sur leur assurance, car la commune n’a jamais été reconnue en état de catastrophe naturelle, la condition sine qua non, au grand désespoir du maire, qui se bat depuis près de dix ans pour cette reconnaissance. Comble de l’histoire, la commune limitrophe en a bénéficié. Sur un trottoir à gauche, les habitants sont indemnisés, sur le trottoir d’en face, ce n’est pas le cas. « Je ne sais pas quoi répondre à mes administrés, surtout dans le cas de cette configuration-là », lance François Croissandeau, maire (SE) de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher). La procédure est complexe et se base sur des données Météo-France compilées sur les trente dernières années.
Comment vendre son bien dans ces conditions ? Cristelle Millet connaît bien la problématique. Dans le secteur, l’agent immobilier vend régulièrement des maisons fissurées. « Il faut que les propriétaires comprennent que quand la maison est fissurée, c’est une pathologie du bâtiment, au même titre que d’autres pathologies. Il faut en tenir compte. Et les acquéreurs ne vont pas acheter au prix du marché. Le prix de la maison doit être en conséquence », indique-t-elle.
Un prix au rabais, c’est ce qui a convaincu une propriétaire, installée depuis quelques mois. Les travaux ont bien avancé, entièrement à la charge des nouveaux propriétaires. Pour s’y retrouver financièrement, ils ont négocié une remise de 50 000 euros. « On a fait baisser beaucoup le prix et on a fait une proposition à 100 000. C’est ce qui nous a permis de se dire qu’on ne prend pas non plus un risque très important », confie la nouvelle propriétaire.
À 300 kilomètres, Anne-Marie Colombié, habitante sinistrée de Crottet (Ain), elle, perd peu à peu espoir de vendre un jour sa maison balafrée. Pourtant, sa commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle, permettant à son assurance de financer de lourds travaux pour sécuriser la maison. Mais il reste à sa charge plus de 60 000 euros. C’est au-dessus de ses moyens. « Les terrasses, les façades et puis toutes les petites bricoles autour n’ont pas été prises en charge et que je serais obligée de le faire pour que la maison soit présentable. Pour la vendre, forcément, j’y laisserai des plumes », regrette-t-elle.
Selon une estimation réalisée l’an passé, sa maison ne vaut plus aujourd’hui que 234 000 euros. Elle a perdu un tiers de sa valeur. En France, près d’un logement sur deux repose sur un terrain vulnérable au risque de retrait-gonflement des argiles.
Source:
www.franceinfo.fr


