Avec Hexa, Gabrielle Filteau-Chiba déplace son imaginaire forestier vers la dystopie, sans rien perdre de ce qui fait sa force : une écriture du vivant, physique, sensible, presque tactile. Le roman, paru chez Stock en janvier 2025, suit Thalie, 16 ans, enfermée avec ses parents dans la Cité de Sainte-Foy, au Québec, une ville close par un mur, soumise au rationnement, à la surveillance et au contrôle des corps.
Chaque printemps, sa mère Sandrine quitte pourtant cet espace verrouillé pour rejoindre un groupe de femmes chargé de reboiser le Nord ; l’adolescente obtient enfin le droit de l’accompagner.
Le grand mérite du livre tient à cette ligne de fracture. D’un côté, la cité : béton, drones, discipline, peur. De l’autre, le camp de reboisement : une communauté féminine, laborieuse, traversée par la solidarité autant que par la dissidence. Filteau-Chiba n’oppose pas naïvement civilisation et nature.
Elle montre plutôt comment un monde abîmé produit ses propres contre-sociétés, ses gestes de soin, ses résistances, ses fidélités au vivant. Plusieurs critiques ont justement relevé cette dimension écoféministe et ce lien profond entre les corps des femmes, la maternité, la transmission et la forêt.
La réussite d’Hexa réside aussi dans son mouvement d’initiation. En suivant Sandrine, Thalie découvre bien davantage qu’un dehors interdit : elle apprend une autre manière d’habiter le monde. Le roman fait alors affleurer une émotion singulière, née de l’émerveillement, de l’effort concret, du désir d’autonomie et d’une inquiétude très contemporaine devant l’effondrement écologique.
L’autrice défend d’ailleurs la fiction comme puissance d’action, capable de toucher le cœur pour remettre les corps en mouvement ; cette conviction traverse tout le livre.
On pourra trouver le dispositif parfois démonstratif, tant le projet politique affleure. Mais c’est aussi ce qui donne à Hexa sa nécessité. Ce roman ne se contente pas d’alerter : il cherche, dans les ruines, des formes de réinvention. Une dystopie habitée, charnelle, tendue vers la réparation plutôt que fascinée par le désastre.
Le roman a reçu le prix Les Visionnaires 2026.
Source:
actualitte.com


