
Publié le 09/04/2026 14:26
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Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste BDO France et professeure d’économie à la Sorbonne, était l’invitée de franceinfo ce jeudi 9 avril.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
France Télévisions : On a vu, avec l’annonce du cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, les marchés réagir très fortement. Les bourses sont reparties à la hausse mercredi 8 avril. Le pétrole a baissé d’environ 15 %. Peut-on dire qu’avec un cessez-le-feu, s’il dure, la crise économique que l’on redoutait tous et que l’on voyait arriver est évitée ?
Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste BDO France et professeure d’économie à la Sorbonne : Non, car il est vrai que nous avons déjà subi les effets de cette crise. Nous avons déjà constaté une augmentation et une accélération du taux d’inflation, cela est acté. Après, la grande question depuis le début de la crise, c’est la temporalité. Est-ce que cette crise va aller au-delà du mois d’avril ou du mois de mai ? Là, on entrerait dans un conflit beaucoup plus dur au niveau économique. Est-ce que ce conflit va rester en termes de régionalisation ou va-t-il devenir plus global ? Là, en effet, on a un soupir, puisque, avec le blocage du détroit d’Ormuz, c’est toute la région asiatique qui n’avait plus d’hydrocarbures. Et aujourd’hui, la croissance mondiale est localisée en Asie. Donc, la peur des marchés, c’est de se dire : « Ça y est, on passe d’un conflit qui est localisé géographiquement à un impact macroéconomique, et donc un impact sur la croissance mondiale avec un risque de récession. » C’est dès que les marchés anticipent cela que vous avez des baisses ou des hausses. Là, on a le cessez-le-feu, donc on a une respiration pendant deux semaines.
On a vu qu’il y a des réactions extrêmement rapides, parfois disproportionnées, à la hausse ou à la baisse. Comment explique-t-on qu’un conflit dans ce détroit d’Ormuz, dans cette région du monde, impacte autant l’économie mondiale ?
Parce que, comme je le disais, ce blocage du détroit d’Ormuz touche principalement la région asiatique. Dans cette région, ce sont vraiment les pays qui connaissent la plus forte croissance économique. C’est la région du monde la plus dynamique. Cette zone est absolument indispensable économiquement. Et l’autre élément, c’est le côté imprévisible. Et c’est cet aspect-là qui compte beaucoup plus que le détroit d’Ormuz lui-même, même s’il y a évidemment des conséquences économiques très importantes pour l’Asie.
Ce n’est pas seulement le fait d’avoir des milliers de pétroliers et de conteneurs bloqués dans ce détroit.
C’est vraiment l’incertitude, comme je vous le disais. Est-ce un conflit qui va rester localisé ou est-ce un conflit qui va devenir généralisé et s’étendre dans le temps ? Et c’est là, en effet, qu’il y a des paris à la hausse et à la baisse, ce qui explique cette volatilité.
Il y a une activité qui fait toute la spéculation, toute la bulle, c’est l’intelligence artificielle. La Corée du Sud, qui est un grand fabricant de puces de cartes mémoire, a alerté dès le tout début du conflit. Cela prouve bien l’importance de l’Asie qui est au cœur de toutes les technologies que l’on utilise aujourd’hui. On ne peut pas s’en passer, on sait très peu produire ces produits nous-mêmes. On voit les conséquences directes pour le consommateur avec le prix de l’essence et du gaz. On a vu jusque-là que les prix étaient immédiatement repartis à la hausse. Pour baisser, c’est un peu plus lent. Mais malgré tout, on sent que chez les distributeurs, il y a une volonté, au moins sur quelques centimes, que cela puisse baisser assez vite. Est-ce la concurrence, la pression de l’opinion publique ? Comment se jouent ces marchés-là ?
En effet, le prix à la pompe n’est pas uniquement le prix du baril de pétrole. Là, vous avez une baisse, mais vous avez eu des hausses importantes avant. Cela ne va pas être répercuté le lendemain à la pompe. Il faut attendre que les nouveaux stocks, qui sont moins chers, soient achetés à des prix plus bas et donc soient répercutés à la pompe. L’aspect concurrentiel, l’acheminement, les taxes, le prix, ce n’est pas juste le prix du baril. Il faudra attendre un peu pour qu’il y ait une baisse. Mais normalement, il devrait y avoir une petite baisse, puisque, en effet, on a cette baisse du baril. Après, il suffit qu’il y ait une autre déclaration ou autre, et le baril pourrait remonter. Donc, on est dans une très grande volatilité.
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Source:
www.franceinfo.fr


