Avec 87 988 détenus pour 63 353 places au 26 mars, l’administration pénitentiaire bat un nouveau record de surpopulation. Cette hausse vertigineuse n’est que très ponctuellement ralentie par les vacances judiciaires. A chaque publication statistique, des articles de presse égrènent ces chiffres sans autre commentaire. Comment expliquer cette indifférence dans une société obnubilée par l’insécurité ? La prison, pensée par certains comme la pierre angulaire de notre politique pénale, serait-elle devenue son angle mort ?
Le 20 février, Eric M., surveillant dans la maison d’arrêt de B., est affecté « à l’étage ». La coursive dont il a la charge devrait accueillir 60 détenus. En réalité, ce matin-là, il en gérera 130. Il s’estime déjà heureux que le collègue de la coursive d’en face soit bien revenu d’arrêt maladie, sans quoi il aurait dû gérer à lui seul les deux secteurs. Jeune professionnel, Eric M. est dynamique mais n’a pas encore tous les réflexes qui lui permettraient de gagner du temps et d’être plus serein pour ne rien oublier de ce qu’il doit accomplir. En consultant la liste des tâches qu’il doit réaliser pendant son service, il a vite compris qu’il ne pourrait pas toutes les mener à bien, comme souvent. Son chef le sait aussi. Et le chef de son chef. Il faudra renoncer à certaines d’entre elles. Ne pas faire passer tous les détenus qui sont planifiés à la douche ? Renoncer à certaines fouilles de cellule ou les faire à la va-vite ?
L’atmosphère est électrique ce matin-là, car il a déjà du retard : plusieurs détenus attendus au service médical tapent dans leur porte de peur que leur rendez-vous passe à la trappe. Lorsqu’il a fait son contrôle d’effectif en prenant son service à 7 heures, il a perçu une drôle d’ambiance à la cellule B06. Il s’est demandé si le détenu X n’avait pas été violenté par ses deux cocellulaires. La situation est tendue depuis quelques jours. Il voulait repasser à la cellule, mais l’heure avance et il n’a toujours pas eu le temps. Malgré sa volonté de bien faire, le retard s’accumule.
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Source:
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