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À Vauvert, le maire RN annule une expo pour un partage Facebook

À Vauvert, le premier geste culturel du nouveau maire RN n’a pas consisté à soutenir un projet, mais à le supprimer. Nicolas Meizonnet a annoncé le 4 avril l’annulation de l’exposition photographique Chroniques vauverdoises de Sylvain Brino, prévue en mai, en invoquant non le contenu des images, mais les opinions qu’il prête à leur auteur.

L’élu, tête de la liste « Vauvert, vivante et fière ! », a remporté la mairie dès le premier tour des municipales 2026 avec 57,50 % des suffrages, soit 3665 voix, contre 42,50 % et 2709 voix à Jean Denat. Les résultats montrent qu’il avait obtenu 26 sièges municipaux.

Des photos de Vauvert, pas un tract militant

Dans un commentaire sur Facebook, l’édile a présenté une position sans appel : « J’ai pris la décision d’annuler l’exposition du photographe militant LFI Sylvain Brino prévue au mois de mai prochain à Vauvert. Ce mélenchoniste convaincu, qui partage des publications aux relents antisémites et des propos haineux tombant sous le coup de la loi, qualifiant le Rassemblement National de “Résolument Nazi”, », ira exposer ailleurs. »

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Et d’ajouter : « Une économie de 2136 € pour les contribuables vauverdois dans un contexte financier particulièrement tendu. Une exposition moins coûteuse pour la ville et plus fédératrice vous sera proposée. » Les habitants savoureront l’économie d’ampleur.

L’exposition supprimée n’avait rien d’un mot d’ordre partisan. Sylvain Brino, 83 ans, avait réuni des clichés pris sur une quinzaine d’années autour de la vie locale : abrivados, concert de flamenco, repas de quartier, fête votive. L’accrochage, commandé par l’ancienne équipe municipale, devait débuter le 21 mai.

« Avant de qualifier cette exposition de non fédératrice M. Meizonnet vous auriez pu avoir la curiosité d’en vérifier le contenu… », a pour sa part répliqué l’artiste. Quant à la formule « Résolument Nazi », une vérification un tant soit peu précise démontre l’exercice de manipulation du langage et du réel…

Les éléments établissent bel et bien que Sylvain Brino a bien partagé sur Facebook, le 22 mars, une publication où cette expression apparaissait, après consultation de la capture qu’a diffusée le maire. Sauf que si un partage implique un certain niveau compréhensible d’adhésion au propos, l’artiste n’est pas l’auteur de la formule initialement rédigée : au mieux prouvera-t-on la reprise du message. Certainement pas sa paternité.

La loi, j’aime ça

L’édile gagnerait en effet à consulter l’arrêt du 11 juin 2024, de la chambre criminelle de la Cour de cassation. Cette dernière se prononçait sur la responsabilité en matière de diffamation sur internet se rattache à l’acte de diffusion du message, et non uniquement à sa rédaction initiale. La Cour de cassation a admis que reprendre des propos diffamatoires peut constituer une nouvelle diffamation. 

Donc, en cas de diffamation, chaque diffusion constitue une nouvelle publication donc potentiellement une nouvelle infraction autonome. Le message repris par l’artiste était-il diffamatoire ? Difficile à véritablement définir. 

Surtout qu’en septembre 2023, le tribunal judiciaire de Lyon a relaxé le militant politique Damien Rieu dans une affaire de diffamation visant le footballeur Karim Benzema. Le premier avait republié des tweets mettant en cause le second, La juridiction avait considéré qu’une reprise ou interaction numérique n’équivaut pas automatiquement à une approbation juridique pleine et qu’elle ne permet ni d’attribuer un propos, ni de qualifier mécaniquement une faute.

Ici, la faute reviendrait plutôt à prêter des intention à quelqu’un — ce qui, publiquement, équivaudrait à de la diffamation…

Le cœur du dossier, c’est l’auteur

Cette nuance compte. Dans le dossier disponible, rien n’indique que l’exposition ait été annulée pour le contenu des images. La décision municipale (et autocratique) repose sur l’activité Facebook du photographe et sur l’étiquette politique que lui assigne le maire. Or, ancien enseignant aux Beaux-Arts de Montpellier, Sylvain Brino se définit en effet auprès de ces médias comme un citoyen engagé, mais non encarté.

Dans ce contexte, l’intervention des éditions Au Diable Vauvert ne relève pas d’un commentaire extérieur. Installée dans la commune depuis 2000, la maison a publié plus de 600 titres et vendu plus d’un million d’exemplaires. Et revendique avec une certaine fierté son implantation en Camargue gardoise, à Vauvert même.

La maison diffuse ainsi un appel qui s’inscrit d’autant plus dans le paysage local que la résidence d’auteurs Les Avocats du Diable, créée en 2001 dans une ancienne école réhabilitée par la municipalité, accueille chaque année près d’une trentaine d’auteurs. Quand l’éditeur évoque une menace pesant sur les résidences, les lieux de création et les initiatives de proximité, il parle depuis une infrastructure culturelle ancrée de longue date dans la ville.

Une annulation, puis l’appel

Dans le texte diffusé après l’annulation, Au Diable Vauvert dénonce une multitude d’atteintes à des principes premiers : « Nous refusons que les œuvres soient jugées à l’aune des convictions de celles et ceux qui les produisent. Nous refusons toute forme de censure politique. Nous rappelons que la liberté de penser et de créer est un principe fondamental. »

De fait, « [u]n maire se doit de représenter l’ensemble des citoyens et de garantir l’accès à une culture libre, diverse et indépendante. Au-delà de ce cas, c’est le maillage culturel en région qui est menacé : résidences, lieux de création et initiatives locales sont essentiels à la vitalité artistique et démocratique des territoires ».

Et d’ajouter : « Le RN considère les opinions contraires à son idéologie comme des délits : nous lui répondons que nous ne laisserons nulle part, ni à Vauvert ni ailleurs, notre pays basculer dans le totalitarisme, qui commence toujours par tenter de contrôler la culture, par censurer et par interdire. »

La maison appelle autrices et auteurs, artistes et résidents passés par la résidence d’écriture de Vauvert à témoigner et à signer cet appel — une pétition sera prochainement en ligne. Et nous mettrons cet article à jour en conséquence.

Reste un fait simple. Quelques jours après une victoire nette au premier tour, la première affaire culturelle marquante du nouveau maire concerne l’éviction d’un photographe pour des publications politiques supposées. À Vauvert, la séquence ne documente pas un débat esthétique ; elle montre un tri préalable des personnes avant même l’exposition de leurs œuvres.

Et en attendant, tentons de rire…

Crédits photo : Sylvain Brino

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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