Une lettre autographe de Howard Carter, rédigée en 1934 et vendue à Boston le 18 mars pour 16.643 dollars, déplace l’attention de l’égyptologie vers un autre terrain : celui de la correspondance devenue objet de récit : le document, long de trois pages, met en cause Arthur Weigall, que Carter accuse d’avoir nourri la légende de la « malédiction de Toutankhamon ».
L’intérêt du lot tient moins à une révélation archéologique qu’à la survivance d’un texte privé, replacé dans l’espace public par la vente. Carter soulignait que la « malédiction » relevait d’une invention de Weigall et qu’elle nuisait à l’archéologie par ses effets sensationnalistes.
La pièce, adressée à Helen Ionides depuis Louxor, montre comment une correspondance personnelle peut acquérir une double valeur : documentaire par son contenu, narrative par le mythe démonté.
Un manuscrit contre une légende
Ce renversement éclaire un conflit de médiatisation. Comme le relève Artnet, l’origine du différend remonte à l’exclusivité accordée au Times pour la couverture des fouilles, ce qui irrita d’autres journaux, dont le Daily Mail, pour lequel écrivait Weigall. Sauf que la mort de Lord Carnarvon, moins de six semaines après l’ouverture du tombeau, donna une impulsion nouvelle à cette construction médiatique.
La lettre vendue en 2026 agit ainsi comme un contre-récit matériel. Carter y traite Weigall de menace pour l’archéologie et attribue explicitement à son rival la fabrication du motif : « La “malédiction de Toutankhamon” relève de son invention. »
L’épisode rappelle aussi que les récits de tombeaux maudits ne coïncident pas automatiquement avec les pratiques funéraires royales de l’Égypte ancienne. Selon le Penn Museum, les supposées malédictions liées aux pharaons relèvent souvent d’une élaboration moderne plus que d’un ensemble cohérent d’inscriptions et d’avertissements royaux. La lettre de Carter documente donc la manière dont un texte bref, relayé par la presse, s’installe dans l’imaginaire collectif.
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Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
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