Le Comité international olympique (CIO) vient donc de trancher. A la suite des violentes polémiques et des campagnes de harcèlement qui ont visé les boxeuses Imane Khelif et Lin Yu-ting, entachant les Jeux de Paris 2024, l’instance olympique a choisi la voie de la régression en réintroduisant un test génétique obligatoire pour toutes les sportives : la recherche du gène SRY comme outil de vérification du sexe.
Ce gène, situé sur le chromosome Y, est considéré comme le principal déclencheur de la différenciation sexuelle masculine. Sa présence chez une athlète pourrait suffire désormais à remettre en cause son droit à concourir dans la catégorie femmes.
Cette annonce devrait sidérer quiconque connaît l’histoire tourmentée de ces contrôles, que j’ai documentée dans un ouvrage, Le Test de féminité dans les compétitions sportives. Une histoire classée X ? (éditions iXe, 2012). En effet, ce n’est pas la première fois que le mouvement olympique emprunte ce chemin ; et, chaque fois, il a dû reculer devant la réalité de la complexité biologique et la violence de tels dispositifs.
Le CIO a, en effet, imposé des contrôles de sexe systématiques à partir de 1968, aux Jeux d’été de Mexico puis aux Jeux d’hiver de Grenoble. D’abord fondés sur l’examen microscopique du corpuscule de Barr (c’est-à-dire la recherche du deuxième chromosome X), puis, à partir de 1992, sur la recherche du gène SRY par la technique PCR, ces tests systématiques ont été abandonnés en 1999, face aux protestations répétées de la communauté médicale internationale et des généticiens eux-mêmes.
Une politique d’exclusion
De nombreux travaux ont, en effet, amplement démontré que le sexe biologique ne se réduit pas à un marqueur unique. Chromosomes, gonades, production hormonale, sensibilité des récepteurs aux androgènes, anatomie interne et externe : toutes ces composantes ne s’alignent pas toujours de manière concordante chez tous les individus.
Prétendre qu’un seul gène peut déterminer avec certitude qui est une « vraie femme » autorisée à concourir relève ainsi d’un réductionnisme biologique fermement récusé par la science, et depuis longtemps : ces tests échouent à saisir la complexité de ce qu’ils prétendent mesurer, et dont la définition est, en réalité, impossible. La relation entre taux de testostérone et avantage compétitif réel est aussi considérablement plus complexe, non linéaire et variable selon les disciplines sportives que ne le suggèrent les règlements actuels.
Il vous reste 65.96% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr


