Du moulin endormi de son enfance Sandra Lanne-Touyagué garde le doux souvenir d’un « débarras, un peu cuisine aussi », où ses grands-parents « plumaient les oies en racontant des histoires de meuniers et de farine ». Après cinquante-quatre années d’arrêt, le moulin à eau de Sabathier, à Conchez-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques), s’est réveillé à l’été 2024. « Je pensais refaire un peu de farine et ouvrir trois fois l’an, mais je me suis prise au jeu », admet d’un accent chantant la Béarnaise, blonde incarnation de la sixième génération de propriétaires des lieux.
Longtemps salariée d’une cave vinicole, Sandra Lanne-Touyagué a « mis de l’eau dans [s]on vin », la quarantaine venue. Elle a mené trois années de bataille administrative et de travaux pour restaurer la digue, puis le mécanisme de ce charmant moulin aux volets bleus sis sur la rivière Lées, jusqu’à « parvenir à en vivre, sans [s]e payer des mille et des cents ». Peu lui importe : « Ce moulin familial, je l’ai dans les tripes, depuis toute petite, je voulais le remettre en activité. »
Une fois la roue (ou plutôt le rouet à cuve) et les meules de granit réinstallées, propulsée par la force hydraulique et les subventions (européennes, régionales, départementales, communales), Sandra Lanne-Touyagué a relancé la mouture d’un blé de variété ancienne cultivé sur place en famille, produisant chaque mois une tonne et demie de farine prisée des boulangers jusqu’à Bordeaux. D’où tient-elle ce savoir-faire meunier ? De son père, « qui avait vu faire son propre père jusqu’à ses 16 ans ».
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Source:
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