Le palmarès du Tour des Flandres est monopolisé par Tadej Pogacar et Mathieu van der Poel depuis 2022, mais Remco Evenepoel pourrait prétendre à une belle place dès sa première participation, dimanche.
Peut-être Tadej Pogacar et Mathieu van der Poel auraient-ils aimé que la présence de Remco Evenepoel sur le Tour des Flandres, annoncée mercredi 1er avril, soit une blague. Mais le double champion olympique prendra bien le départ du Monument pour la première fois de sa carrière, dimanche 5 avril. Sans expérience sur cette course, mais en forme depuis le début de la saison, le Belge peut-il concurrencer le Slovène et le Néerlandais, qui se sont partagé la victoire sur les quatre dernières éditions ?
« Je déteste les pavés », déclarait Remco Evenepoel à la RTBF, en 2019. Il faut dire que dans ses années juniors, le Belge y a peu goûté, avec une 11e place sur Gand-Wevelgem et une arrivée hors délai sur Paris-Roubaix Juniors. Au premier abord, sa présence sur le Monument aux monts pavés peut donc surprendre, et sa faible expérience pourrait lui porter préjudice face à des habitués.
Pourtant, ses rivaux se méfient. « C’est très bien pour lui, peut-être un peu moins pour nous. C’est un rival en plus », a affirmé Florian Sénéchal, équipier de Mathieu van der Poel chez Alpecin-Premier Tech cette saison, cité par la RTBF. « Il va avoir une très bonne équipe autour de lui. Nous ne devons définitivement pas le sous-estimer », pense le Néerlandais.
Pour Tadej Pogacar, « c’est une bonne nouvelle de le voir au départ, car il court en étant très généreux et offensif ». Mais le Slovène se méfie : « Sa forme est bonne et il faudra compter avec lui. Il est dangereux car il peut partir de loin et on ne sait jamais à quel moment il peut attaquer. Il ne faudra pas lui laisser le moindre mètre sinon, ce sera très compliqué de revenir sur lui. Vous savez, quand je le regarde attaquer à la télévision, j’aime ça ! Mais quand je suis en course avec lui, je trouve cela moins chouette. Ce sera quoi qu’il arrive plus stressant de disputer cette course en sachant qu’il est dans le peloton. On doit être plus attentif encore. »
« Je suis vraiment curieux de voir ce qu’il va faire parce que je pense qu’il est très fort sur les courses d’un jour », souligne Wout van Aert (Visma-Lease a bike), qu’il ne faut pas non plus enterrer dans la course à la victoire après ses podiums à Milan-San Remo et A Travers la Flandre, mercredi.
Remco Evenepoel a en effet remporté deux fois Liège-Bastogne-Liège, ainsi que les championnats du monde en 2022 et la course en ligne des Jeux olympiques à Paris en 2024. Cette dernière comptait d’ailleurs une côte pavée, celle de la butte Montmartre (1 kilomètre à 6,5% de moyenne), arpentée trois fois. Et lors des derniers Mondiaux au Rwanda, le Belge avait fait forte impression sur le contre-la-montre en déposant Tadej Pogacar, pourtant parti deux minutes et trente secondes plus tôt que lui, dans la côte de Kimihurura (1,3 km à 5,6%). Avant de déclarer qu’il avait « détesté » cette dernière ascension pavée.
Pourtant, le Belge va s’infliger 16 monts pavés dimanche, dont le Vieux Quaremont (2,1 kilomètres à 4,3%) et le Kruisberg (2,6 kilomètres à 4,2%). « Il est redoutable sur les courses d’un jour. Et quand il est grisé par le public, qu’il peut être acteur en imposant son rythme, il a un supplément d’âme et peut faire mal à tout le monde, juge Lilian Calmejane, consultant France TV Sport. Le Vieux Quaremont, où Pogacar a construit ses deux succès, c’est une montée qui dure quatre à cinq minutes. Et dans cette filière de quatre à cinq minutes, assis, en puissance, Remco est aussi fort, voire meilleur que Pogacar. Il a le potentiel physique pour lui mettre le doute ».
« C’est une course où l’expérience a beaucoup d’importance. On voit rarement un débutant briller. Hormis un Pogacar qui surclasse la concurrence dans pas mal d’épreuves. Mais l’avantage de Remco, c’est qu’il est belge, qu’il habite dans la région et qu’il a déjà reconnu ces monts à l’entraînement. Ce n’est pas comme s’il arrivait sans aucune expérience au départ du Ronde [le nom belge du Tour des Flandres], affirme Rik Verbrugghe, ancien sélectionneur de la Belgique et vainqueur d’étape sur le Tour de France, au micro de la RTBF. Remco est peut-être un des seuls coureurs capables de suivre Pogacar ».
Le Belge peut-il se fixer comme objectif de gagner dès sa première participation ? « Vous ne m’entendrez pas dire cela. Il faut plutôt voir cela comme une sorte de découverte, même si nous connaissons tous l’ambition et la détermination de Remco Evenepoel », a répondu Sven Vanthourenhout, directeur sportif de son équipe Red Bull-Bora Hansgrohe, après la course A Travers la Flandre.
« Dans un monde où tous sont à 100% de leur forme au départ, Pogacar reste le numéro 1 par rapport à ce qu’il a montré ces dernières années, tempère Lilian Calmejane. Mathieu van der Poel, s’il est à 100% et qu’il n’a aucune mésaventure, il ne faudra pas que Pogacar soit à 99,9% non plus, car je reste convaincu que Van der Poel sera l’adversaire le plus redoutable pour Pogacar ». Le Néerlandais reste tout de même sur six podiums consécutifs, dont trois victoires sur le Ronde. « Pour Remco, il y a des variables de chute, de réaction à la pression, pour cette première. Et Wout van Aert a son mot à dire, parce qu’il regagne en confiance et il est mort de faim », prévient le vainqueur de la 8e étape du Tour de France 2017.
En cas de victoire, Tadej Pogacar rejoindra le prestigieux groupe des triples vainqueurs du Tour des Flandres, composé de sept coureurs dont Mathieu van der Poel. Le Néerlandais pourrait, lui, devenir l’homme le plus titré sur ce Monument, en cas de quatrième succès.
Source:
www.franceinfo.fr


