8.4 C
Bruxelles
sabato, Gennaio 31, 2026
AccueilFrançaisACTUALITEEn Turquie, la crise de la livre pèse sur le quotidien

En Turquie, la crise de la livre pèse sur le quotidien

Publié le

AFP/Archives / ADEM ALTANUne vendeuse de légumes devant son étal sur le marché d’Ankara, le 15 août 2018

Assise sur une caisse devant son petit étal de légumes, Cemile Baykal se lamente: “Regardez-moi ça, je n’ai rien vendu!” Dans ce marché couvert d’Ankara, la crise de la livre turque fait déjà des victimes parmi les commerçants.

“On ne vend pas, mais on est obligés de venir pour gagner notre pain”, soupire Mme Baykal en regardant ses sacs de pourpier et de pommes de terre.

Ici, pour les commerçants, cette disette s’explique facilement par la crise diplomatique entre Ankara et Washington, notamment déclenchée par la détention puis le placement en résidence surveillée d’un pasteur américain.

L’annonce de sanctions contre la Turquie — qui a rapidement répliqué — a fait s’effondrer la devise turque, déjà fortement affaiblie en raison de la défiance des marchés face aux politiques économiques d’Ankara.

La livre a ainsi perdu près de 20% de sa valeur face au dollar en un mois, et près de 40% depuis le début de l’année.

Et cela se ressent dans les prix. Yakup Kurdi hausse les épaules devant son étal de fruits. Avant, le paquet de 200 sachets en plastique lui coûtait 6,5 livres, maintenant quasiment le double.

Pour faire face, il a dû augmenter ses prix, 50 centimes çà et là.

AFP / ADEM ALTANL’effondrement de la valeur de la monnaie turque se ressent sur les prix des produits du marché

Ilhan Geçgel, qui tient un étal un peu plus loin, laisse éclater sa colère.

“Je vends mes fruits, mais je souffre lorsque je les vends. Le kilo de figues est à 10 livres. Est-ce possible ?”, s’emporte-t-il. “C’est absurde. Elles devraient être à 4 ou 5 livres”.

“Les gens ne peuvent même plus organiser les mariages de leurs enfants”, ajoute-t-il.

– Pouvoir d’achat –

Si les commerçants se plaignent du manque de monde, et l’imputent à la crise de la livre turque, Semra Kalayci, une avocate habituée du marché, tempère et met cela sur le compte de l’été et des vacances.

En revanche, elle a bien remarqué l’explosion des prix : les amandes qu’elle a achetées la semaine dernière à 55 livres lui en coûtent aujourd’hui 70.

“Et comme nos salaires n’ont connu aucune augmentation, cela nous affecte beaucoup”, regrette-t-elle, son petit sac de courses à la main.

AFP / ADEM ALTANL’alimentation est l’un des secteurs les plus affectés pour l’inflation (+19,4%) en Turquie

L’inflation n’a pas attendu la crise avec les Etats-Unis pour exploser. En juillet, elle était à quasiment 16% en rythme annuel. Et les économistes préviennent que la crise de la livre risque de pousser l’inflation au-dessus des 20% dans les mois à venir.

Les secteurs les plus affectés ont notamment été les transports, dont les prix ont augmenté de plus de 24% en un an, et l’alimentation (+19,4%).

Altay Gültekin, un retraité lui aussi venu faire quelques emplettes, confie qu’il a dû réduire son niveau de vie en conséquence.

“Il n’y a pas une famille qui ne parle pas de cela chez elle”, dit-il.

– “Panique” –

Les économistes mettent en garde depuis des mois contre une surchauffe de l’économie, avec une inflation galopante, un déficit des comptes courants qui se creuse et une croissance élevée.

Les marchés s’inquiètent également de la mainmise croissante du président turc Recep Tayyip Erdogan sur l’économie, renforcée après sa réélection en juin.

Mais celui-ci dénonce un “complot” visant à mettre la Turquie à genoux et a appelé les Turcs à échanger leurs devises étrangères en livres.

Un appel que réitère Ayse Celiktas, une femme au foyer venue faire ses courses, et qui déplore que le dollar puisse ainsi affecter l’économie turque.

“N’allons pas retirer nos livres pour les changer en dollars”, insiste-t-elle. “L’or aussi a de la valeur. Que nos bijoutiers y gagnent un peu !”

AFP / Thorsten EBERDINGTurquie : princuipaux indicateurs

En Turquie, l’or est un investissement traditionnel et un cadeau courant.

A quelques kilomètres de là, dans la vieille ville, les colliers et bracelets en or font scintiller les vitrines de la bijouterie de Hakan Karakiliç.

De prime abord, la crise a nettement affecté son commerce, mais la situation s’est un peu rétablie, après des mesures et des annonces des autorités, assure le commerçant.

Un autre bijoutier, installé non loin mais qui a requis l’anonymat, est moins optimiste.

“Quand les prix de l’or et du dollar augmentent, ça ralentit immédiatement notre activité”, expose-t-il.

L’effet est immédiat: “Les gens paniquent, s’inquiètent de ce qu’il va se passer”.

Pour lui, “tout le monde se retrouve dans l’attente”.

source: AFP

Publicitéspot_imgspot_img

Voir l'interview

spot_img

Autres articles

L’organisme de surveillance de l’ONU prévient que la guerre en Ukraine reste la plus grande menace mondiale pour la sécurité nucléaire

S’adressant à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Conseil des gouverneurs, le directeur général...

L’actualité mondiale en bref : Avertissement de l’OIM pour les rapatriés soudanais, alerte au virus Nipah pour l’Inde, sécurité alimentaire en Afghanistan

Ils y sont parvenus malgré d’importants dégâts causés aux logements, aux services de base,...

L’actualité mondiale en bref : alerte de l’OIM aux rapatriés soudanais, alerte au virus Nipah pour l’Inde, sécurité alimentaire en Afghanistan

Ils y sont parvenus malgré des dégâts considérables sur les logements, les services de...

Délocaliser une entreprise technologique sans perdre votre équipe : ce qui fonctionne réellement

Délocaliser une entreprise technologique semble simple sur le papier. Vous changez d’adresse, signez un...

autres articles

Les droits de l’homme pour les jeunes : l’engagement communautaire de la Scientologie

KINGNEWSWIRE // Communiqué de presse // BRUXELLES, Belgique — 29 janvier 2026 — Les...

Une tente jaune à Milan pour fêter 50 ans des ministres volontaires dans le monde, et plus de 20 en Italie

KINGNEWSWIRE // Communiqué de presse // Les ministres volontaires de Scientology installent leur tente...

À Gaza, 800 000 personnes vivent désormais dans des zones dangereuses sujettes aux inondations

Dans le refuge de sa famille, le sol est détrempé et ses enfants ne...