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De Gaulle à Matignon : un livre relit les 200 jours qui ont changé la République

Deux cents jours décisifs suffisent parfois à modifier durablement l’architecture d’un État. Dans La méthode de Gaulle, l’historien Pierre Manenti et le haut fonctionnaire Christophe Tardieu reviennent sur la séquence ouverte par l’arrivée du général Charles de Gaulle à Matignon, au printemps 1958. Leur travail s’attache à une période brève mais centrale de l’histoire politique française : celle où le dernier président du Conseil de la IVe République engage la transformation institutionnelle qui conduit à la naissance de la Ve République.

Le contexte est celui d’une France fragilisée par l’instabilité gouvernementale, la crise algérienne et l’épuisement d’un régime parlementaire incapable de produire une majorité durable. Nommé président du Conseil le 1er juin 1958, de Gaulle reçoit de l’Assemblée nationale les moyens de préparer une nouvelle Constitution. Le référendum du 28 septembre 1958 approuve largement le texte, promulgué le 4 octobre suivant. En janvier 1959, de Gaulle quitte Matignon pour l’Élysée, après son élection à la présidence de la République.

L’intérêt du livre tient à son angle : il ne s’agit pas seulement de raconter le retour d’une figure historique, mais d’observer une méthode de gouvernement. Pierre Manenti et Christophe Tardieu examinent la combinaison entre autorité politique, calendrier resserré et recherche d’un cadre institutionnel stable. Cette lecture donne à voir un moment où la décision publique s’organise autour d’un objectif précis : sortir d’une crise de régime sans suspendre la continuité de l’État. La Ve République naît ainsi d’un enchaînement rapide de décisions, validées par les procédures prévues et par le vote populaire.

Cette relecture intervient dans un débat français récurrent sur l’efficacité de l’exécutif, la place du Parlement et la capacité des institutions à résister aux crises. Sans réduire 1958 à un modèle transposable, l’ouvrage rappelle que les institutions ne se résument pas à leur texte : elles dépendent aussi de pratiques, d’arbitrages et de rapports de confiance. Le passage de de Gaulle à Matignon demeure, à ce titre, un observatoire privilégié de la politique française moderne.

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