Avocate Sarah Scialom met en garde contre les conséquences d’un usage excessif du terme «génocide» dans les conflits contemporains, affirmant que si «toute guerre devient un génocide, plus rien n’est un génocide». Dans l’entretien, elle relie cette préoccupation à une montée des recours aux instances internationales et aux enquêtes qui, selon elle, peuvent être mobilisées pour remettre en cause la légitimité de certains acteurs étatiques. Elle évoque également le contexte entourant la Prix Nobel de la Paix récemment attribué à Navi Pillay, qui a présidé la commission d’enquête de l’Organisation des Nations unies sur la question palestinienne.
Pour Sarah Scialom, la précision des catégories juridiques est essentielle afin de préserver l’efficacité des mécanismes de poursuite et de prévention. Elle souligne que la qualification juridique d’actes commis en temps de guerre conditionne non seulement les responsabilités pénales individuelles, mais aussi la capacité des institutions à intervenir. L’avocate dénonce l’instrumentalisation possible de ces qualifications à des fins politiques, notamment lorsque des accusations graves sont utilisées de façon extensive sans qu’elles satisfassent nécessairement aux éléments constitutifs prévus par le droit.
Cette analyse s’inscrit dans un débat plus large sur le rôle des instances internationales et des processus judiciaires face aux crises. Selon Scialom, la politisation du vocabulaire juridique et des procédures peut avoir pour effet de fragiliser le droit international et d’affaiblir les mécanismes de protection. Elle met en garde contre des effets collatéraux lourds pour la diplomatie et pour les victimes réelles, dont la reconnaissance et la réparation pourraient être compromises si les catégories juridiques perdaient de leur crédibilité.
Les propos de l’avocate relancent la réflexion sur l’équilibre entre justice, terminologie juridique et enjeux politiques. Alors que les investigations et les poursuites internationales se multiplient, son intervention invite à examiner avec rigueur les critères applicables afin de préserver la force normative des concepts clés du droit humanitaire et pénal international, et d’éviter une instrumentalisation qui pourrait mener à des confusions préjudiciables.


