Nous vivons dans une époque où la difficulté à clore les choses se manifeste dans des gestes quotidiens et dans l’espace public. Dans son nouvel essai, Blanche Leridon interroge cette tendance — qu’elle qualifie d’ère « finophobe » — et identifie des symptômes concrets : le défilement infini sur les réseaux sociaux, des relations amoureuses aux contours indéfinis et des dirigeants qui tardent à céder la place. Publié ce vendredi, l’ouvrage rassemble analyses et références pour penser ce que perdure et ce qui a cessé d’être.
L’auteure établit un lien entre comportements individuels et mécanismes collectifs. Le scroll sans fin, par exemple, est présenté comme un refus de la conclusion et de l’évaluation finale, une manière de repousser la décision ou la déception. Dans la sphère intime, la multiplication des statuts intermédiaires et des engagements partiels brouille les rituels de passage et complique les transitions personnelles. Ces observations renvoient à des transformations plus larges de la société, où l’instantanéité et l’instabilité structurent désormais les pratiques et les attentes.
Le livre adresse aussi les conséquences institutionnelles de cette aversion pour la fin. Quand des responsables politiques évitent la sortie, la circulation des élites se ralentit et les renouvellements deviennent difficiles, avec un effet sur la vitalité démocratique. Sur le plan culturel, l’ouvrage s’appuie sur de nombreuses références littéraires et historiques pour montrer que la crainte de la clôture n’est pas nouvelle, mais qu’elle prend aujourd’hui des formes amplifiées par les technologies et l’économie de l’attention. Les analyses se veulent descriptives et documentées, sans formuler de recettes simplistes.
En conclusion, l’essai invite à repenser la place des ruptures et des fins dans la vie collective et individuelle. Plutôt que d’imposer une solution, il propose des pistes pour restaurer des rituels de clôture susceptibles de faciliter les transitions, personnelles comme publiques. La publication de ce vendredi apporte ainsi un cadre réflexif pour suivre et comprendre des phénomènes visibles au quotidien, depuis les écrans jusqu’aux arènes politiques.


