Le Kremlin renforce les prélèvements et ajuste simultanément les protections destinées aux secteurs qui soutiennent l’effort militaire, constate l’analyse de Michel Santi. Cette recomposition des flux financiers montre que la logique budgétaire en Russie s’articule de plus en plus autour des besoins des forces armées et des acteurs économiques qui en dépendent.
Les mesures fiscales et parafiscales récentes réorientent des ressources vers les dépenses liées à la défense, tout en ménageant certaines catégories professionnelles et entreprises jugées stratégiques pour la poursuite des opérations. À la marge, cette politique consiste à accroître les prélèvements sur des segments moins directement engagés, afin d’alléger la pression sur les maillons essentiels à l’effort de guerre. Le rôle de l’exécutif, symbolisé par le Kremlin, est central dans ces arbitrages qui mêlent considérations économiques et impératifs militaires.
Conséquence notable, une part croissante des recettes publiques paraît désormais corrélée à la prolongation du conflit : non seulement via des dépenses militaires accrues, mais aussi par la captation de revenus liés aux secteurs protégés. Cette dépendance crée un cercle où la continuité des rentrées stimule des choix politiques et budgétaires favorisant la poursuite des opérations, tout en réduisant la marge de manœuvre pour réorienter la politique économique et sociale en temps de paix. Pour l’économie, cela signifie des distorsions dans l’allocation des ressources et des tensions potentielles sur le pouvoir d’achat des ménages non prioritaires.
À moyen terme, cette configuration pose des défis importants : maintien de la cohésion sociale face à des prélèvements ciblés, viabilité des finances publiques si le conflit s’éternise, et risque d’affaiblissement des secteurs non protégés. Les observateurs soulignent que la transformation de la guerre en mécanisme de redistribution renforce la logique d’un État qui internalise le conflit dans son modèle de gouvernance économique, appelant à un examen attentif des conséquences pour la stabilité intérieure et la capacité de l’État à revenir à une trajectoire budgétaire normale.


