Les occultations stellaires récentes observées depuis la Terre, réalisées au cours de la dernière décennie, indiquent que l’atmosphère de Pluton évolue. Une série d’analyses de courbes de luminosité lors du passage d’étoiles derrière la planète montre une diminution de la pression au niveau de la tropopause d’environ 16 % par rapport aux mesures antérieures. Ces résultats posent la question de la nature et de la portée de ce changement atmosphérique.
La méthode utilisée repose sur l’étude précise de l’atténuation et de la diffraction de la lumière stellaire pendant une occultation : la forme de la courbe d’assombrissement permet de déduire la densité et la pression de l’atmosphère à différentes altitudes. Ces mesures terrestres font suite au survol de New Horizons en 2015, qui a fourni des profils de référence et confirmé la présence d’une atmosphère ténue dominée par l’azote avec des traces de méthane.
La variation de 16 % s’interprète, selon les principes physiques connus, surtout comme le signe d’une redistribution saisonnière des volatils à la surface. L’orbite très excentrique et l’inclinaison de l’axe de Pluton provoquent des variations d’insolation qui entraînent la sublimation ou la condensation de l’azote et du méthane. Quand la température de surface baisse, une partie de l’atmosphère peut se condenser et se déposer sous forme de glace, réduisant la pression mesurée au-dessus de la surface.
Parallèlement, des pertes atmosphériques vers l’espace sont observées mais restent modestes à l’échelle des réservoirs de volatils connus : les taux d’échappement mesurés jusque-là ne suffisent pas à expliquer une disparition rapide de l’atmosphère. Ainsi, la baisse observée est compatible avec un cycle saisonnier réversible plutôt qu’avec une perte définitive immédiate, même si des incertitudes persistent sur la distribution locale des glaces et sur l’évolution à long terme.
La surveillance continue par occultations stellaires, complétée par des observations infrarouges et spectroscopiques depuis de grands télescopes, reste nécessaire pour suivre l’évolution. Ces campagnes permettront de préciser si la tendance se maintient, de mieux contraindre les bilans énergétique et de masse de l’atmosphère, et d’évaluer la durée et l’amplitude des cycles de sublimation-condensation qui régissent le climat de Pluton.

