Le producteur français Vincent Belorgey, connu sous le nom de Kavinsky, est mort à 50 ans à son domicile parisien. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer l’origine du décès.
Vincent Belorgey s’est fait connaître sous le pseudonyme de Kavinsky. Les secours l’ont découvert sans vie à son domicile parisien, dans le 18e arrondissement. Le musicien avait 50 ans. Né le 31 juillet 1975, il devait fêter son cinquante et unième anniversaire deux jours plus tard.
Le Parisien a révélé l’information mercredi 29 juillet. Plusieurs médias français l’ont ensuite confirmée, notamment Le Figaro et BFMTV.
Ce que dit le parquet de Paris
Un voisin s’inquiétait de rester sans nouvelles. Il a donc alerté les secours en fin de soirée. Les policiers sont intervenus aux alentours de 22h30, puis ils ont constaté le décès.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Elle doit déterminer l’origine de la mort. Le ministère public précise qu’« aucun élément suspect n’a été découvert sur place par les services primo-intervenants ».
Une source policière citée par Le Parisien apporte un autre élément. Le musicien « s’était plaint de maux de tête depuis plusieurs jours ». Plusieurs médias évoquent donc la piste d’un accident vasculaire cérébral. Toutefois, aucune cause officielle ne ressort à ce stade. Les enquêteurs n’ont communiqué ni leurs conclusions ni les résultats des examens médico-légaux.
Cette procédure porte un nom précis : l’enquête en recherche des causes de la mort. La justice l’ouvre systématiquement quand un décès survient hors de la présence d’un médecin. Elle n’implique donc aucune suspicion d’intervention d’un tiers. Par ailleurs, ni le label du producteur ni ses proches n’avaient publié de communiqué dans les heures qui ont suivi.
Un parcours commencé loin de la musique
Vincent Pierre Claude Belorgey naît le 31 juillet 1975. Son parcours scolaire reste irrégulier. Il redouble en quatrième, puis en seconde. Un brevet de technicien dessinateur maquettiste, obtenu dans un lycée spécialisé, met ensuite un terme à sa scolarité.
Il enchaîne alors des emplois sans lien avec la musique. Coursier en intérim, d’abord. Service client chez un opérateur de téléphonie, ensuite. Puis la fabrication de figurines et la manutention en centre commercial.
Sa formation musicale reste pour l’essentiel autodidacte. Il apprend le piano à la maison des jeunes et de la culture de son quartier. Viennent ensuite le mélodica, puis un synthétiseur Casio et une boîte à rythmes Roland TR-808. Le producteur déclarera avoir découvert la musique électronique pendant son service militaire.
Son entourage joue surtout un rôle déterminant. Belorgey grandit en effet aux côtés de Quentin Dupieux, futur Mr. Oizo et futur réalisateur. Il fréquente également Sébastien Tellier et Jackson Fourgeaud. Ce sont eux qui le poussent à produire, autour de 2005. Dupieux lui prête même un vieil ordinateur Apple.
Son premier EP, Teddy Boy, paraît en 2006 chez Record Makers, le label de Marc Teissier du Cros. Il l’écrit et l’enregistre sur un Yamaha DX7. Ce synthétiseur reste associé à la synthpop des années 1980.
Kavinsky, un personnage de fiction
Le pseudonyme désigne d’abord un personnage à part entière. Un zombie aux yeux rouges et à la peau bleue. Il aurait détruit sa Ferrari Testarossa en 1986. Il réapparaît ensuite en 2006 pour produire de la musique électronique.
Cette fiction structure toute la discographie. Elle irrigue les titres des morceaux, mais aussi les visuels et les tenues de scène : lunettes noires, LED rouges, blouson teddy, palette de néons.
« Kavinsky est un personnage que j’ai créé parce que mettre simplement mon visage sur une pochette de disque, ce n’est pas quelque chose qui me convient », expliquait le producteur. Il ajoutait que pour lui « la musique est liée aux images ».
Le premier single, « Testarossa Autodrive », sort en 2006. Il pose aussitôt les bases de cet univers. Le morceau circule vite dans le milieu électronique français. Mr. Oizo, Arpanet, A-Trak et SebastiAn remixent alors ses titres.
En 2007, Kavinsky assure la première partie de la tournée de Daft Punk. SebastiAn et les Klaxons l’accompagnent. La même année paraît 1986, son deuxième EP, toujours chez Record Makers.
Le remix de « Testarossa Autodrive » signé SebastiAn rejoint ensuite deux bandes-son de jeux vidéo : Grand Theft Auto IV et Gran Turismo 5 Prologue. Ces placements élargissent nettement son audience. Un public de joueurs découvre ainsi sa musique, en dehors des circuits de diffusion traditionnels.
« Nightcall » et l’effet Drive
L’EP Nightcall paraît en 2010 chez Record Makers. Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, coproduit le morceau-titre. SebastiAn en signe le mixage.
Lovefoxxx, chanteuse du groupe brésilien CSS, interprète la partie vocale féminine. Belorgey assure quant à lui la voix masculine, traitée au vocodeur. Le titre repose sur un tempo lent, une nappe de synthétiseur et un échange chanté entre les deux voix.
Le morceau reste pourtant confidentiel pendant un an. En 2011, Nicolas Winding Refn le place au générique d’ouverture de Drive, avec Ryan Gosling. Cliff Martinez compose par ailleurs la partition du film. Le long métrage obtient le prix de la mise en scène au Festival de Cannes la même année. « Nightcall » devient dès lors sa signature sonore.
Un tube plus célèbre que son auteur
Kavinsky ne compose pourtant pas la bande originale du film. Il a écrit son morceau un an plus tôt, sans lien avec le projet. Refn l’utilise tel quel.
Ce mode d’exposition reste fréquent au cinéma. Il a néanmoins une conséquence durable sur la carrière du producteur. Le public identifie massivement le titre au film, parfois davantage qu’à son auteur. Cela explique le décalage entre la notoriété du morceau et celle de Kavinsky pendant plus d’une décennie.
Le titre entre ensuite dans les classements français, belges et suisses, entre 2012 et 2013. Il décroche aussi des certifications d’or en Allemagne et au Royaume-Uni.
Le morceau connaît alors une diffusion autonome. London Grammar en enregistre une reprise pour son premier album, If You Wait, en 2013. Elle sort en single en décembre de la même année.
Lupe Fiasco, Childish Gambino et Will Young en samplent des éléments. Des campagnes publicitaires pour Sony et Volvo l’utilisent également. Le titre réapparaît en outre dans la série The Lincoln Lawyer. Enfin, en 2025, le groupe irlandais Inhaler en propose une version rock pour la session Like A Version de la radio australienne Triple J.
OutRun, premier album studio
Le premier album studio, OutRun, paraît en février 2013 chez Record Makers, avec Vertigo et Mercury. Le disque développe la mythologie du personnage. Un jeune homme meurt au volant de sa Testarossa en 1986. Il revient vingt ans plus tard sous la forme d’un producteur zombie.
Kavinsky revendique trois sources : les jeux d’arcade des années 1980, l’imagerie télévisuelle de Miami Vice et le cinéma de Dario Argento. Le titre de l’album renvoie d’ailleurs à OutRun, jeu de course sorti en arcade en 1986 chez Sega. Le joueur y traverse des paysages côtiers au volant d’une décapotable rouge, en choisissant sa bande-son.
L’année 1986 correspond aussi à l’accident fictif du personnage. Cette superposition résume donc la démarche du producteur. Il reconstitue une époque précise plutôt que de citer les années 1980 de manière générique.
La critique accueille bien le disque. Metacritic établit ainsi une moyenne de 75 sur 100, sur la base de douze critiques. Côté ventes, l’album atteint la 28e place en France, la 2e en Suisse et la 38e au Royaume-Uni. Aux États-Unis, il se classe 159e du Billboard 200 et 8e du classement Dance/Electronic Albums.
Le single « ProtoVision » sort en décembre 2012. Marcus Herring en réalise le clip. SebastiAn intervient par ailleurs comme collaborateur et coproducteur sur tout le disque. Guy-Manuel de Homem-Christo participe en outre à la production d’un titre.
Des invités venus d’autres horizons
OutRun ouvre également le catalogue de Kavinsky à d’autres univers. Le morceau « Suburbia » l’associe ainsi au rappeur Havoc, moitié du duo new-yorkais Mobb Deep. Le titre « Odd Look », coécrit et produit avec SebastiAn, sort quant à lui en single le 6 juin 2013.
Un mois plus tard, le 24 juillet 2013, paraît un remix d’« Odd Look » interprété par The Weeknd. Cette version atteint la 18e place du classement flamand et la 34e du classement wallon en Belgique. Elle grimpe aussi jusqu’à la 46e place du Billboard Dance/Electronic Songs.
Le chanteur canadien l’intègre ensuite à l’édition deluxe de Kiss Land, son premier album studio, publié la même année. Ce croisement entre synthwave française et R&B nord-américain élargit une nouvelle fois son audience.
Une longue interruption, puis Reborn
Après OutRun, Kavinsky continue de se produire en concert et en festival. Il ne publie cependant plus de disque pendant près de sept ans.
Il revient en novembre 2021 avec le single « Renegade ». Gaspard Augé, moitié de Justice, et Victor Le Masne le coproduisent. « Zenith », avec Prudence et Morgan Phalen, suit en février 2022.
L’album Reborn paraît le 25 mars 2022 chez Record Makers, via Virgin France. Le single « Cameo » sort le même jour. Le disque associe Romuald, Cautious Clay, Sébastien Tellier, Kareen Lomax, Prudence et Morgan Phalen. Gaspard Augé et Victor Le Masne en assurent une part de la coproduction.
Metacritic relève cette fois une moyenne de 76 sur 100, sur cinq critiques. The Line of Best Fit attribue 8 sur 10 au disque. Le média souligne que « les tubes estivaux de dancefloor y côtoient une méticuleuse instabilité ».
NME se montre en revanche plus réservé, avec 3 étoiles sur 5. Le magazine note que « lorsque Kavinsky lève le pied sur le maximalisme, les morceaux s’épanouissent ». L’album se classe malgré tout en Belgique, en France, en Allemagne, en Écosse et en Suisse, ainsi que dans les classements dance et téléchargement britanniques.
Les Jeux olympiques de Paris et le retour de « Nightcall »
Le 11 août 2024, Kavinsky monte sur la scène du Stade de France. La cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris s’y déroule. Il y interprète « Nightcall » avec la chanteuse belge Angèle et le groupe Phoenix. Quelques jours plus tard, il revient pour la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques, cette fois avec « Roadgame ».
La prestation produit un effet mesurable dès le soir même. À 22h50, l’application Shazam enregistre un pic d’utilisations. « Nightcall » devient ainsi le morceau le plus recherché de la soirée. Il dépasse notamment le record établi lors de la cérémonie d’ouverture par « Supernature » de Cerrone.
Une version studio de cette relecture sort le 20 septembre 2024. Elle atteint la 3e place du classement des singles en France. Elle décroche également une certification de diamant du SNEP. Quatorze ans après sa parution initiale, « Nightcall » retrouve donc le haut des classements français, auprès d’un public en partie renouvelé.
Cette séquence constitue la dernière apparition publique d’ampleur du producteur. Il n’avait annoncé aucun nouvel album depuis.
Une carrière parallèle au cinéma
Vincent Belorgey a d’abord été acteur. Il apparaît dès 2001 dans Nonfilm de Quentin Dupieux, aux côtés de Sébastien Tellier. Suivent Aaltra, puis Atomik Circus, le retour de James Bataille en 2004. Il y interprète un garagiste joueur de petites cuillères. Il tourne enfin dans Ultranova en 2005.
En 2007, il tient l’un des rôles principaux de Steak, également réalisé par Quentin Dupieux. Il y incarne Dan, chef de la bande des Chivers. Éric Judor et Ramzy Bedia portent le film, qui comprend par ailleurs plusieurs de ses compositions. C’est l’une des rares occasions où le public voit ensemble le visage de Belorgey et la musique de Kavinsky.
Cette double activité éclaire la construction du personnage. Habitué des plateaux avant d’être producteur, Belorgey aborde la musique par la fiction et par le cadrage. Ses pochettes, ses clips et ses visuels de scène relèvent donc de la même logique que ses rôles à l’écran : incarner une figure, pas se montrer.
L’héritage de Kavinsky dans la synthwave
La discographie officielle de Kavinsky tient en cinq disques. Trois EP d’abord : Teddy Boy (2006), 1986 (2007) et Nightcall (2010). Deux albums studio ensuite : OutRun (2013) et Reborn (2022). L’ensemble couvre seize ans, chez Record Makers, maison également associée à Sébastien Tellier et à Mr. Oizo.
Sa trajectoire prolonge celle de la French touch. Ce courant électronique français apparaît au milieu des années 1990, autour de Daft Punk. Une nouvelle génération le relaie au milieu des années 2000, autour des labels Record Makers et Ed Banger : Justice, Mr. Oizo, SebastiAn, Sébastien Tellier.
Kavinsky en partage les méthodes de production, le goût du sample et l’attention portée à l’image. Il développe toutefois une esthétique distincte, plus narrative et plus directement liée au cinéma.
Son influence s’exerce surtout sur la synthwave. Ce courant reprend les textures électroniques des années 1980 : nappes analogiques, basses saturées, arpèges, boîtes à rythmes. Il en fait une esthétique contemporaine.
De nombreux producteurs de ce mouvement citent « Nightcall » et OutRun parmi leurs références. Internet a largement diffusé ce répertoire à partir du début des années 2010. On retrouve aujourd’hui ses codes visuels dans le jeu vidéo, dans les bandes originales de séries et dans la publicité : imagerie automobile nocturne, palette magenta et cyan.
Sa méthode de travail contraste enfin avec les usages actuels de l’industrie musicale. Celle-ci valorise la fréquence de publication et l’exposition continue. Belorgey privilégiait au contraire un rythme de sortie espacé et une identité visuelle stable. Il préférait aussi un personnage de fiction à une image personnelle. Il donnait peu d’interviews et communiquait rarement en son nom propre.
Les éléments connus à ce stade
Les informations disponibles restent limitées. Elles proviennent surtout de Le Parisien, qui a révélé le décès mercredi 29 juillet. Le Figaro, franceinfo et BFMTV ont ensuite relayé l’information.
Plusieurs éléments ressortent clairement. Les secours ont découvert le corps au domicile parisien du musicien, dans le 18e arrondissement, après l’alerte d’un voisin. Les services de police sont intervenus en fin de soirée. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Les primo-intervenants n’ont enfin relevé aucun élément suspect.
D’autres points restent en revanche flous : la cause exacte du décès, l’heure précise de la mort et le déroulé des dernières heures. Plusieurs médias mentionnent l’hypothèse de l’accident vasculaire cérébral, à partir d’une source policière. Aucune confirmation officielle ne l’appuie cependant. Ni son label ni son entourage n’avaient communiqué. Aucune information ne circulait non plus au sujet des obsèques.
La rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr





