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Le taux d'emprunt de la France à 10 ans au plus haut depuis 2009: "pas une ligne rouge" pour le gouverneur de la Banque de France, mais cela "réduit la marge de manoeuvre budgétaire"

Invité sur le plateau de BFM Business, Emmanuel Moulin a estimé que la hausse des obligations souveraines rendait la réduction du déficit public « absolument nécessaire ». Sans donner d’indication sur la prochaine décision de la BCE, il a précisé que ses membres seraient très attentifs à l’évolution de la situation au Moyen-Orient.

Le taux d’emprunt de la France à dix ans a atteint jeudi son niveau le plus élevé depuis juin 2009 à 4%, avant de redescendre légèrement sous cette barre vendredi matin, conséquence des inquiétudes liées à la reprise et à l’extension de la guerre au Moyen-Orient.

« Ce n’est pas une ligne rouge. Mais, effectivement, on constate une hausse générale des taux longs. C’est lié aux perspectives d’inflation et aux incertitudes du monde d’aujourd’hui », a toutefois précisé Emmanuel Moulin, le gouverneur de la Banque de France, sur le plateau de BFM Business.

« Il n’y a pas un seuil à partir duquel cela crée des difficultés, c’est plutôt la tendance. La hausse des taux pèse sur la charge d’intérêt et réduit la marge de manœuvre budgétaire. C’est pour cela qu’il est absolument nécessaire d’avoir une stratégie crédible de réduction des déficits et de réduction de la dette », a-t-il détaillé, en insistant sur l’importance de réussir à adopter un budget pour 2027 dès la fin d’année et sans attendre la prochaine présidentielle.

Le taux d’emprunt de la France au plus haut depuis 2009 © BFM Business

« On ne peut pas fonctionner sans budget pendant tout un semestre en 2027 », considère Emmanuel Moulin, nommé à la tête de la Banque de France début juin, après avoir été secrétaire général de l’Élysée auprès d’Emmanuel Macron.

D’autres pays sont concernés. Jeudi, l’Allemagne, la référence européenne, a également battu un record vieux de 15 ans, avec un taux d’intérêt à 3,20% pour ses emprunts à dix ans. La guerre a provoqué une hausse du coût des importations d’énergie (gaz, pétrole) en bloquant le détroit d’Ormuz. Face à ces risques d’inflation, qui érode dans la durée la valeur de leur capital prêté, les créanciers demandent des rendements à long terme plus élevés et anticipent une possible hausse des taux de la BCE en septembre.

Pression sur les taux de la BCE

Revenant sur la dernière réunion de la Banque centrale européenne, à laquelle il a participé jeudi, Emmanuel Moulin a indiqué que la reprise du conflit au Moyen-Orient avait poussé l’institution de Francfort à opter pour le statu quo, après une hausse de ses taux directeurs de 2% à 2,25% en juin.

« Nous sommes un petit peu revenus à la situation du mois de juin, et donc la hausse des taux que nous avions faite au mois de juin se justifiait pleinement. C’est pour cela que nous avons décidé de maintenir les taux cette semaine », a expliqué le gouverneur de la Banque de France.

Il a ajouté « surveiller avec beaucoup d’attention » les perturbations des routes du pétrole, notamment en mer Rouge, après les attaques de pétroliers saoudiens revendiquées par les Houthis du Yémen soutenus par l’Iran. « Le risque c’est que cette augmentation des prix du pétrole se traduise sur les autres prix, les prix des services, les prix des transports… C’est ce que nous voulons éviter. On va regarder l’ampleur du choc et surtout sa persistance », a-t-il ajouté, alors que Christine Lagarde a laissé entendre que les membres de la BCE étaient prêts à procéder à un nouveau relèvement des taux directeurs en septembre.

Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France - 24/07
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France – 24/07

Emmanuel Moulin a par ailleurs noté « une bonne résilience de l’économie française, notamment au moment de canicule ». Sur la base de ses dernières enquêtes mensuelles de conjoncture, la Banque de France s’attend à une croissance de 0,2% au deuxième trimestre, soit mieux que redouté au plus fort de la crise dans le détroit d’Ormuz. Dans son scénario de base publié en juin, l’institution s’attend à une croissance de 0,5% en 2026.


Source:

www.bfmtv.com

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