Alors que l’Odyssée, le célèbre récit d’Homère désormais adapté au cinéma par Christopher Nolan, remplit les salles, on serait tenté de dire que les aventures extraordinaires d’Ulysse appartiennent entièrement à la fiction. Un Cyclope, des tourbillons géants, des humains transformés en porcs: on n’a jamais eu vent de pareilles choses sur notre planète.
Pourtant, tous ces éléments ne se retrouvent pas uniquement dans l’imaginaire, explique le National Geographic. Certains de ses épisodes fantastiques pourraient trouver leur origine dans des phénomènes bien réels, observés par les hommes de l’Antiquité.
On commence par un gros morceau: le Cyclope, ce géant doté d’un unique œil au milieu du front. Dans l’Odyssée, ce dernier capture Ulysse et ses compagnons, dévore plusieurs d’entre eux, avant que le héros ne le prive de la vue à coups de lance dans la rétine.
Le Cyclope, un monstre inspiré… par des fossiles?
Évidemment, les Cyclopes, ça n’existe pas. Les scientifiques ont en revanche une hypothèse sur l’origine du mythe: tout partirait d’un éléphant préhistorique, le Deinotherium giganteum. Des ossements de cette espèce, qui vivait il y a environ 23 à 8 millions d’années, ont notamment été retrouvés en Crète. Le crâne de ces animaux gigantesques, qui présente une grande ouverture centrale destinée à accueillir la trompe, pourrait, quand on ne connaît pas l’anatomie des éléphants, être interprété comme l’orbite unique d’un être immense et borgne.
Une autre hypothèse mène à une piste différente. Certains Grecs anciens seraient peut-être bien nés cyclopes. Une malformation congénitale, souvent mortelle pour les nouveau-nés, peut survenir lorsque les structures du cerveau et les orbites ne se séparent pas correctement au cours du développement embryonnaire. À l’époque supposée de l’Odyssée, les scientifiques estiment qu’environ cinquante-trois cas de cyclopie humaine pouvaient survenir chaque année dans le monde.
Charybde, Scylla et les Lotophages
Les cas de Scylla, monstre marin à six têtes, et de Charybde, immense tourbillon qui menace d’engloutir les navires, sont plus simples à imaginer. Cette partie de l’épopée s’inspirerait d’un lieu bien réel: le détroit de Messine, qui sépare la Sicile de la Calabre, dans le sud de l’Italie. Le niveau de l’eau y reste relativement stable, mais les différents courants, qui s’opposent, peuvent s’accélérer fortement, jusqu’à 5 mètres par seconde. Le tout peut ainsi entraîner de violents tourbillons, interprétés comme l’imprévisible Charybde.
Pour Scylla, il faut plutôt regarder le paysage avoisinant la région. Une imposante falaise s’élève en effet proche du détroit de Messine, pouvant aisément évoquer une créature gigantesque surgissant de la mer. Les Lotophages, ces mangeurs de lotus, offrent aux marins un fruit si agréable qu’ils en oublient leur foyer. Si les Grecs connaissaient déjà l’opium et le pavot, ils n’avaient probablement jamais eu affaire au jujube.
Ce dernier, produit par le dattier de Chine et connu en Afrique du Nord, correspond à la description d’Homère. Si le jujube ne possède pas de propriétés psychoactives, il peut être fermenté en un puissant alcool. De quoi faire partir en vrille Ulysse et sa bande.
Des références aux substances interdites?
L’histoire d’Ulysse et de ses compagnons, transformés en véritables cochons après avoir bu une potion de la magicienne Circé, semble relever de la fiction. Là encore, tout pourrait être lié à une drogue bien chargée. Parmi les substances connues des Grecs anciens, on retrouve notamment la stramoine ainsi que la belladone. En plus de provoquer des hallucinations, ces dernières peuvent aussi vous plonger dans un délire profond, qui peut être décrit, dans le cadre d’un récit mythologique, comme un comportement véritablement animal.
Dans l’Odyssée, Ulysse, averti par le dieu Hermès, reçoit une plante appelée moly, qui lui permet de résister aux pouvoirs de Circé. Cette dernière aurait également son explication. Selon une étude de 2022, cette plante pourrait en fait être la Galanthus nivalis, une fleur blanche qui aurait des effets opposés à ceux des substances psychotropes précédentes. Un antidote bien réel.
Vous l’aurez compris, si l’Odyssée reste une œuvre mythologique, les différents mythes qui la composent ne sont pas nés dans un univers totalement déconnecté de la réalité. Ils sont le fruit d’observations, de tentatives d’explication et d’interprétations d’un monde fait de zones d’ombre et de phénomènes absurdes, à la frontière entre l’imaginaire et le réel.
Source:
www.slate.fr

