À partir du 20e siècle, le H. G. Wells des grands romans scientifiques s’engage progressivement dans la voie de l’anticipation. C’est avec des ouvrages comme Une utopie moderne, The Shape of Things to Come ou son célèbre Anticipations qu’il pave l’avenir de ses intuitions technologiques mais aussi politiques. Car ces prévisions sont celles d’un homme habité par une inquiétude prémonitoire : celle de la guerre – et de la guerre totale, même atomique.
Dès les années 1900, H. G. Wells imagine la guerre aérienne, les chars d’assaut, l’escalade militaire et l’explosion de la bombe atomique alors que celle-ci n’existe encore que dans les équations de laboratoire. C’est même peut-être le premier à l’élaborer en romancier, avant les physiciens. Et il prévient ses contemporains à l’aube de la Première Guerre mondiale, écrivant ces lignes : “On aurait dit que la société humaine allait voler en éclat à cause du développement fabuleux de ses propres bénéfices. » Mais une fois la guerre advenue, H. G. Wells va plus loin : c’est cette table rase qui permettra à l’humanité de se réorganiser autour de nouvelles valeurs. HG Wells a-t-il vu juste sur les logiques d’escalade militaire qui gouvernent les nations ? Et pourquoi fait-il de la catastrophe une condition de l’utopie ?
Une lucidité prophétique : l’art de la futurologie
Thomas Arciszewski rappelle les convictions de l’écrivain H. G. Wells, qui sont celles d’un homme de gauche engagé pour la paix et la fraternité humaine. L’universitaire poursuit : « Ce qui l’intéresse, c’est l’aspect à la fois transformateur de la guerre et le côté révélateur, il s’agit d’anticipation et non pas de simple élucubration. »
Dans ses écrits, Wells imagine la guerre avant qu’elle ne se déploie sur les champs de bataille terrestre et aérien en Europe. Quelques années plus tard, il l’observe sur le terrain. Thomas Arciszewski revient sur la vision de l’écrivain britannique : « Au départ, je crois que Wells a la volonté de transformer le monde, il veut arriver à un État global, pour lui, cela ne va pas assez vite. » Ainsi la mise en récit de l’apocalypse fonctionnerait comme un processus de réinitialisation. Comment un utopiste peut-il penser que la paix va naître de la violence ? Thomas Arciszewski répond : « Pour Wells, l’utopie n’est pas un but à atteindre, il n’a pas une vision statique de l’utopie (…) c’est un moyen de faire advenir ce qu’il souhaite : ce fameux État global. »

Références sonores
Extrait du film The shape of things to come, adapté du roman de HG Wells et réalisé par William Cameron Menzies en 1936Lecture du roman La guerre dans les airs, archive INA, Anthologie étrangère, RTF, 1961Lecture de La destruction libératrice, HG Wells, 1913Interview de HG Wells, 1940
Pour aller plus loin
Bibliographie
Thomas Arciszewski, Ariel Kyrou, Cynthia Lopez-Bagousse, Politiques de la science fiction : le futur est-il un terrain de lutte ?, ACTU SF, août 2026.
Bibliographie complémentaire
Une utopie moderne, HG Wells, 1905, réédité chez Hachette en 2018.La guerre dans les airs, HG Wells, 1908.Les Cuirassés de terre, HG Wells 1916.La guerre des mondes, HG Wells 1898.
Source:
www.radiofrance.fr


