Empoisonnement ou maladie ? L’histoire a tendance à privilégier la première hypothèse, plus excitante que la seconde, mais la science a désormais les moyens de résoudre ce genre d’énigmes. Pour ce qui est de la disparition de François 1er de Médicis et de sa seconde épouse, Bianca Cappello, attribuée au paludisme par les médecins contemporains, la science a tout de même cherché à prouver leur empoisonnement. En 2006, le toxicologue de l’université de Florence Francesco Mari rapportait en effet avoir décelé des concentrations élevées d’arsenic sur des tissus mous attribués au couple grand-ducal, qui auraient été conservés dans la crypte de l’église Santa Maria a Bonistallo, proche du lieu de leur décès, la villa de Poggio a Caiano.Cette découverte fut aussitôt réfutée par l’équipe de paléopathologie de l’université de Pise qui dirige le Projet Médicis, dont l’objectif est de réaliser des études paléogénétiques sur les restes des membres de cette prestigieuse famille toscane afin d’y déceler les maladies dont ils étaient atteints. En effet, aucun protocole d’extraction d’ADN n’était mentionné dans l’étude de toxicologie et donc, aucune preuve apportée que les restes examinés étaient bien ceux du grand-duc et de sa femme. Par ailleurs, leurs propres recherches tendent au contraire à prouver que le couple serait mort des suites du paludisme.
Au moins quatre Médicis sont morts suite à de fortes fièvres
L’équipe du Projet Médicis a d’abord procédé en 2010 à une analyse des ossements de quatre membres de la famille pour y déceler des traces d’une défense immunitaire contre le paludisme. Ces quatre individus – Éléonore de Tolède (1522-1562), épouse de Côme de Médicis, et trois de leurs enfants : une de leurs filles, Garzia (1547-1562), le grand-duc François et le cardinal Jean – ont tous péri suite à de fortes fièvres. Les membres de la famille vivaient dans différentes villas de Toscane, entourées de zones marécageuses, comme la Maremme, impliquant le risque d’avoir été piqués par un moustique infecté par un parasite.Cette première recherche avait prouvé la présence de deux protéines propres au parasite Plasmodium falciparum dans leurs squelettes.
Portrait d’Eléonore de Tolède et de son fils Jean de Médicis par Agnolo Bronzino (1545), Galerie des Offices, Florence. Crédits : Domaine public / Wikimedia Commons
Lire aussiComme les Médicis : une famille noble française du 16e siècle faisait embaumer ses défunts
Plasmodium falciparum est déjà présent en Italie au 1er siècle de notre ère
« Plasmodium falciparum, l’agent responsable de la forme la plus mortelle du paludisme humain, est un parasite protozoaire unicellulaire transmis par les anophèles femelles », expliquent les auteurs dans la revue iScience. On ne sait pas exactement à quelle époque ce protozoaire venu d’Afrique subsaharienne s’est propagé en Europe, mais le plus ancien cas connu sur le continent, trouvé en Autriche, date de l’âge du fer (entre le 4e et le 2e siècle avant notre ère), et il est attesté en Italie dès le 1er siècle de notre ère.Les auteurs antiques ont bien décrit les symptômes qu’il déclenche, telles l’extrême faiblesse et les fièvres récurrentes. En Italie, le paludisme est resté endémique jusqu’en 1950 car les grands travaux d’assèchement des zones humides n’ont commencé qu’au 18e siècle. L’écogéographie de la péninsule se prêtait tout particulièrement à accueillir les moustiques, car regorgeant de plaines côtières, de vallées fluviales, de zones marécageuses, de rizières, et donc d’eaux stagnantes où les insectes pouvaient se reproduire.

Date et lieu des échantillons génétiques anciens de P. falciparum analysés dans cette étude. Crédits : Ochoa et al., 2026, iScience
Les restes des Médicis sont conservés à Florence
Pour confirmer la présence de Plasmodium falciparum dans les ossements des Médicis, les chercheurs ont procédé à l’extraction d’ADN ancien dans des côtes de François et Jean, leurs restes étant conservés dans des coffrets métalliques au sein de la chapelle des Médicis, dans la basilique San Lorenzo de Florence. Jean, qui n’était âgé que de 19 ans, mais déjà nommé cardinal, avait succombé à de fortes fièvres en seulement quatre semaines, à la fin de l’année 1562, tout comme sa mère et sa sœur, lors d’un voyage vers la côte.Ces analyses ont mis en évidence chez Jean l’ADN d’une souche jusqu’alors inconnue de Plasmodium falciparum, portant deux mutations génétiques uniques. D’après la reconstruction phylogénétique, elles seraient apparues au cours de la propagation du parasite à travers l’Europe.Quant à François, les analyses montrent qu’il était porteur de deux espèces parasitaires : Plasmodium falciparum et Plasmodium malariae. Des recherches antérieures ont déjà mis en évidence des infections multiples chez un individu en Belgique à la même époque. Mais les chercheurs restent prudents, car les données sont très parcimonieuses pour le grand-duc ; ils préfèrent donc confirmer par des analyses génétiques supplémentaires si les deux espèces circulaient effectivement simultanément en Italie au 16e siècle.
Lire aussiDans les secrets des Médicis
De nouvelles données sur l’évolution du paludisme
Mis à part l’élucidation du « cold case » concernant le décès du grand-duc, et les informations essentielles pour le Projet Médicis, cette étude permet de mieux connaître l’évolution du paludisme au cours de l’histoire, chaque cas se présentant comme une opportunité de la compléter : « L’étude de l’ADN ancien nous permet non seulement de diagnostiquer le paludisme chez les restes d’individus ayant vécu dans le passé, constate ainsi le premier auteur, Alexander Ochoa, mais elle offre également un aperçu unique de l’évolution des espèces de paludisme – en l’occurrence P. falciparum –, aidant ainsi les scientifiques à mieux comprendre comment l’agent pathogène s’adapte au fil du temps. »On rappelle que si le paludisme a été éradiqué en Europe au début des années 1970, cette maladie mortelle est toujours présente sur plusieurs continents et notamment en Afrique subsaharienne.
Source:
www.sciencesetavenir.fr





