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Festival d'Avignon 2026 : un double bilan

Au-delà des chiffres de fréquentation, toujours très hauts, cette édition aura surtout confirmé l’orientation artistique impulsée par le directeur : un festival qui privilégie la création et le renouvellement des artistes. Avec 30 créations sur 47 spectacles, dont 19 premières mondiales, 68 % d’artistes invités pour la première fois et une majorité de femmes à la tête des projets, Avignon assume son rôle de laboratoire de la création contemporaine. Du côté de l’international, on peut regretter un manque de découverte majeure, la programmation étrangère reste souvent sage, parfois trop attendue. On espère toujours rencontrer à Avignon de nouvelles esthétiques et les futurs artistes que l’on aura envie de suivre.

Mais cette édition était également marquée par la mise à l’honneur de la langue coréenne, qui irriguait près d’un spectacle sur cinq, confirmant ainsi la volonté du festival de faire de cette invitation linguistique un véritable fil artistique et pas un simple symbole. Pari réussi cette année, voilà qui apaise la frustration concernant la langue arabe, invitée l’été dernier, trop peu présente sur les plateaux.

Mais cette édition s’est aussi distinguée par un engagement assumé : dans un contexte de fortes tensions budgétaires pour le secteur culturel, le festival a revendiqué une portée politique, en s’associant à l’appel pour un moratoire sur les baisses de financements et pour consacrer 1 % du budget de l’État à la culture. Avignon entend toujours peser dans le débat sur l’avenir des politiques culturelles et, cette année, au cœur des cloîtres et des remparts, les artistes ont pris leur part.

Si j’ai choisi un extrait de la performance de Vanasay Khamphommala, Songs of grief, dédié à la mémoire de son père pour commencer ce bilan plus personnel, c’est que chaque festival d’Avignon qui se termine plonge le festivalier dans un moment de deuil. Quand on traverse ces 3 semaines, souvent en apnée, la remontée vers la surface doit se faire par paliers. Dans ces cas-là, nos meilleurs alliés restent les souvenirs, encore frais, des écritures, des moments suspendus, des admirations, des dissensus fertiles, des questions qui enrichissent notre rapport au monde. Car pourquoi nous battons-nous ? Pourquoi, depuis le 4 juillet, les artistes, les professionnels alertent-ils sur les conditions de travail du monde de la culture qui se dégradent ? Une des réponses sans doute est que fréquenter une œuvre, découvrir un artiste, s’émerveiller devant une scénographie, pleurer et rire parce qu’une histoire nous déplace est une manière éprouvée de faire de nous de meilleurs citoyens et peut-être des humains plus convenables.

L’invitée d’honneur choisie cette année par les artistes du festival est sans aucun doute la poésie

De cette édition, je garde la grâce du jardin de la Maison Jean Vilar et de la création de Gwenaël Morin, Le deuil sied à Électre qui, avec rien, a fait advenir le théâtre, tout comme Lee Jaram, performeuse coréenne qui sait raconter une histoire, armée de son seul éventail, et tenir l’attention de toute la salle grâce aux circonvolutions périlleuses de sa voix. Je garde aussi les propositions plus difficiles, celles qui cherchent, celles qui expérimentent, celles qui sont absolument nécessaires dans la programmation du festival. Je pense à Forced Entertainment qui a traduit sur le plateau, avec humour et mélancolie, notre monde qui se décompose, je pense à Boris Charmatz qui dévoile dans un silence absolu un corps fragile, en souffrance, là où le sublime côtoie la détresse.

Et puisque l’invitée d’honneur choisie cette année par les artistes du festival est sans aucun doute la poésie, je laisse le mot de la fin à Roberto Bolaño par qui tout ici a commencé, et qui écrit « que le voyage et les voyageurs sont condamnés. C’est-à-dire, que non seulement nos actes sont malades, mais que le langage l’est aussi. Cependant que nous cherchons l’antidote ou le médicament pour nous soigner, le nouveau, ce qui ne peut se trouver que dans l’inconnu, il faut continuer à passer par le sexe, les livres et les voyages, même s’ils nous mènent à l’abîme, qui est, d’ailleurs, le seul endroit où l’on peut trouver l’antidote ». Et c’est peut-être pour ça que l’on revient toujours à Avignon.


Source:

www.radiofrance.fr

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