George Sand avait déjà un concours de nouvelles à son nom. Elle dispose désormais d’un prix consacré au roman. Créée en juin 2025, l’association Prix George Sand s’est donné pour mission d’organiser une récompense littéraire à dimension européenne, inscrite dans la dynamique de Bourges, Capitale européenne de la Culture en 2028.
Cette première édition coïncide avec l’Année George Sand 2026, qui marque le 150e anniversaire de la disparition de l’écrivaine. Dans le Berry comme ailleurs en France, expositions, rencontres, spectacles et créations contemporaines accompagnent cette commémoration nationale.
Le nouveau prix a vocation à récompenser une autrice ou un auteur écrivant en français, ou dont le roman a été traduit en français, pour un roman faisant écho aux valeurs portées par l’œuvre et la personnalité de George Sand : l’émancipation, le progrès social et la relation aux territoires. Réuni une dernière fois à la bibliothèque Alain-Fournier de Mehun-sur-Yèvre, le comité de sélection a retenu huit titres pour cette première édition. Tous sont, cette année, signés par des femmes.
La première sélection
L’Île des femmes, de Mona Azzam (Ex Æquo), roman choral situé en Sicile, recueille la parole de femmes dont les vies ont été façonnées par la Cosa Nostra.
Si nous n’étions captives, de Cécile Chabaud (L’Archipel), revient sur Claire de Duras et Ourika de Beauvau, enfant sénégalaise dont le destin inspira Ourika, roman publié anonymement en 1823 et engagé contre l’esclavage. L’ouvrage paraîtra le 27 août.
La Guérisseuse de Catane, de Simona Lo Iacono, traduit de l’italien par Serge Quadruppani (Métailié), s’inspire des minutes du procès de Virdimura, femme médecin dans la Sicile du XIVe siècle, poursuivie pour avoir exercé sans la présence d’un homme.
Toute la misère du monde, d’Isabelle Mayault (Gallimard), suit une assesseure de la Cour nationale du droit d’asile, confrontée chaque jour aux récits de personnes fuyant guerres, violences politiques, persécutions ou catastrophes climatiques.
Les Enracinés, de Claire Norton (Robert Laffont), raconte le destin d’une jeune paysanne bretonne qui, en 1912, cherche à s’émanciper d’un ordre rural et familial contraignant. Sa parution est annoncée pour le 13 août.
Eugénie sous les bombes, d’Anne Percin (Buchet-Chastel), part d’un cahier hérité de l’arrière-grand-père de l’autrice pour retracer l’histoire d’un couple vosgien emporté par la Première Guerre mondiale. Le roman paraîtra le 20 août.
Mado des oiseaux, de Sylvie Pérenne (Calmann-Lévy), met en scène une enfant placée qui trouve dans la forêt, les oiseaux et la pensée de Rachel Carson les moyens de construire son identité et son engagement écologique.
Gaby la Magnifique, d’Aurélie Tramier (Michel Lafon), retrace le parcours de Gaby Deslys, vedette du music-hall du début du XXe siècle, femme libre devenue une star internationale avant sa mort en 1920.
« Une certaine liberté au féminin »
Pour l’auteur et universitaire Thierry Poyet, membre du jury, le prix ne cherche pas des romans qui imiteraient l’univers de La Mare au Diable ou de La Petite Fadette. Il s’agit plutôt de retrouver, dans la littérature contemporaine, plusieurs dimensions de l’héritage sandien. « George Sand, c’est d’abord l’incarnation d’une certaine liberté au féminin », explique-t-il à ActuaLitté. Elle représente également « un engagement par la littérature dans la société » et une relation particulière au pays natal, au Berry et à Nohant.
Le prix entend ainsi distinguer un roman susceptible de réunir trois axes : « Un roman qui fasse la part belle à la féminité », qui porte « une certaine idée de l’engagement littéraire » et qui montre la province « non pas comme l’arrière-ban de Paris, mais au contraire comme un monde qui a sa propre vie ».
Cette dernière dimension rejoint le projet territorial de Bourges 2028. Désignée en décembre 2023, la ville entend faire de son année de Capitale européenne de la Culture un laboratoire associant culture, inclusion, écologie et dialogue entre espaces urbains et ruraux.
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Le jury de cette première édition réunit dix personnalités issues de la littérature, de l’édition, du journalisme et de la recherche : Martine Reid, Joseph Vebret, Thierry Poyet, Francesco Fiorentino, Michelle Perrot, Lise Bissonnette, Fabienne Pascaud, Anne Vassivière, Céline Dupas-Hutin et Michèle Dassas.
L’historienne Michelle Perrot en est la présidente d’honneur, tandis que l’universitaire Martine Reid et l’écrivain et critique Joseph Vebret assurent la coprésidence. Le jury se réunira le 20 octobre pour confronter ses lectures, avant la remise du prix, prévue le 14 novembre dans les salons d’honneur de la mairie de Bourges.
Michelle Perrot, historienne du mouvement ouvrier, des femmes et du genre a notamment consacré à l’écrivaine George Sand à Nohant. Une maison d’artiste, publié au Seuil en 2018.
Un héritage toujours vivant
Thierry Poyet est venu à George Sand par Gustave Flaubert. En 1998, il publiait Mon amie George Sand. Un portrait selon Gustave Flaubert, avant de diriger, en 2013, Lectures de la correspondance Flaubert-Sand. Des vérités de raison et de sentiment.
« Ils ont deux conceptions de la littérature très différentes, presque opposées », explique-t-il. Sand envisage l’écriture comme une manière d’agir sur la société et d’accompagner les lecteurs. Flaubert défend davantage l’impersonnalité, l’exigence formelle et l’autonomie de l’art. Leur correspondance, entretenue de 1866 à 1876, témoigne pourtant d’une profonde affection, presque maternelle du côté de l’écrivaine.
Cette influence se lit notamment dans Un cœur simple. Flaubert assurait à Sand qu’elle y reconnaîtrait son « influence immédiate » et confia, après sa mort, avoir commencé ce texte « uniquement pour lui plaire ». Mais l’hommage ne dissipe pas toute la noirceur flaubertienne, analyse Thierry Poyet : « Cela reste une œuvre très triste : encore de la désolation, et pas seulement de la consolation. »
Ce compagnonnage nourrit aussi son engagement dans le nouveau prix. Thierry Poyet rappelle que George Sand a longtemps été réduite à l’image d’« une écrivaine de seconde zone, une écrivaine de province », cantonnée à ses romans champêtres. Son œuvre embrasse pourtant le romantisme, le théâtre, l’autobiographie, le journalisme et l’engagement politique.
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Sa redécouverte actuelle permet de mieux saisir une autrice pour qui la littérature n’était « pas une manière de se retirer du monde, mais une manière d’entrer dans le monde, de peser sur la société ». La première lauréate sera récompensée le 14 novembre à Bourges.
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Crédit photo : Portrait de George Sand, Auguste Charpentier, vers 1837-1839, huile sur toile, musée de la Vie romantique, Paris. Paris Musées / CC0 1.0
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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