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En quête du sacré avec le chef d'orchestre Simon-Pierre Bestion

Plus que des concerts, Simon-Pierre Bestion donne à voir de véritables performances artistiques où la musique est mise en espace et en lumière. Les musiciens se déplacent dans la salle, offrant aux spectateurs une expérience proche du rituel. Une « prise de risque » que le chef d’orchestre emprunte aux performances scéniques des groupes de rock : « Je demande beaucoup en termes d’investissement, de dons et de générosité de chaque artiste auprès du public. C’est un peu ce qui me manque parfois dans la musique classique, même beaucoup. Quand je vais voir des concerts, je ne sens pas ce don que je ressens beaucoup plus, par exemple, dans la musique rock ou pop. Il y a quelque chose de plus organique qui est essentiel. »

C’est avec ce style si particulier que sa compagnie, La Tempête, qu’il a fondée en 2015, a connu un succès national et international ces dernières années. Elle a notamment remporté en 2022 le prix du chant choral de la fondation Bettencourt-Schueller. Cet été, la compagnie présente trois de ses créations dans les festivals les plus prestigieux : Nocturne II aux Heures Musicales de l’Abbaye de Lessay le 21 juillet 2026, Vespro au festival de la Chaise-Dieu le 24 août et Bomba Flamenca au festival d’Ambronay le 11 septembre.

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Simon-Pierre Bestion lors d’un concert en 2024 – ©François Le Guen

Vespro : le sacré de tous les jours

C’est le programme qui a donné à Simon-Pierre Bestion sa renommée nationale et internationale. Jouée pour la première fois en 2018, cette réécriture des Vêpres que le compositeur italien Claudio Monteverdi écrit en 1610, continue de remplir les salles même huit ans après. Profitant de la liberté d’interprétation laissée par la partition originale, le chef d’orchestre a surpris le public en insérant entre les pièces de Monteverdi des chants tirés des traditions populaires vocales de la Venise du XVIIᵉ et des faux-bourdons : « C’est une polyphonie très simple où on entend le texte et on le chante un peu à gorge déployée, avec une sorte de fraîcheur, et qui est un peu en antinomie parfois avec la musique beaucoup plus savante qu’a écrite Monteverdi, qui est très raffinée. J’adore ce contraste-là dans le même spectacle avec quelque chose de très frais, très engagé, qui rappe ». En faisant cela, le chef d’orchestre questionne la nature de la frontière entre sacré et profane : « Quand on parle d’un chef-d’œuvre sacré, il est au final très profane. Il s’inscrit dans un quotidien. C’est ce rapport-là que j’aime beaucoup : rappeler le quotidien à chaque instant de ces œuvres qui ne seraient rien sans ce quotidien et sans cet art populaire ».

Bomba Flamenca

Cette œuvre en mûrissement depuis 2019 part d’une anecdote : en 1558, Charles Quint, le plus grand empereur de la Renaissance, alors retiré dans un monastère près de Madrid, décide de faire répéter ses propres funérailles dans une mise en scène calibrée. Bomba Flamenca se propose d’imaginer le Requiem qui aurait pu être joué à ce moment-là. Mais plus qu’un hommage à l’empereur, Simon-Pierre Bestion souhaite mettre en lumière la richesse de cette Espagne multiculturelle de la fin du XVᵉ siècle où juifs, musulmans et catholiques cohabitent dans des carrefours d’échanges. Bomba Flamenca est le récit de cette rencontre entre les compositeurs flamands, regroupés à la cour de Charles Quint en 1515 avec la Capilla Flamenca et la musique andalouse, mozarabe, sépharade, portugaise et espagnole. Pour Simon-Pierre Bestion, ce mélange doit servir de modèle : « Il y a une tentative de cohabitation, d’accueil de l’autre et de sa différence et un travail aussi entre différentes communautés. Et ça, ça me passionne parce que c’est complètement actuel et ça donne aussi à entendre et à savoir que dans notre passé, tout n’est pas noir. Il y a aussi des tentatives qui ont eu lieu, qui sont des modèles, je pense, pour s’en inspirer, pour arriver à dépasser nos propres difficultés dans le temps présent ».

Nocturne II

Fidèle à son éclectisme habituel, Simon-Pierre Bestion interprète avec Nocturne II un arrangement de polyphonies d’époques différentes : du Moyen Âge aux élans modernes du XXᵉ siècle en passant par la richesse de la Renaissance : « Je me suis amusé à créer des ponts et des passerelles sans arrêt dans le programme, où on saute d’une époque à une autre, mais finalement on s’en rend à peine compte ». La pierre de touche de cette constellation musicale : la Messe pour double chœur de Frank Martin que le chef d’orchestre qualifie de l’un des volets « les plus séduisants, le plus beau de tout le répertoire du chant choral du XXᵉ siècle ». Ce programme, créé le 12 juillet dernier au Festival des Abbayes en Lorraine, est chanté a cappella par un chœur de 32 voix. Simon-Pierre Bestion poursuit ainsi la structure de son premier Nocturne, créé en 2023, qui associait aux Vêpres de Sergueï Rachmaninov des chants byzantins.

Plus d’informations

Nocturne II :

Le 21 juillet 2026 aux Heures Musicales de l’abbaye de LessayLe 22 août 2026 au Festival de Rocamadour, SouillacLe 31 août 2026 au Festival OudeMusiek, Utrecht (Pays-Bas)Le 13 septembre 2026 au Festival de Besançon, Luxeuil-les-BainsLe 14 septembre 2026 au Festival de Besançon, BesançonLe 24 septembre 2026 au Festival de LaonLe 31 mars 2027 à la Philharmonie de ParisLe 4 mai 2027 au Théâtre Impérial de CompiègneLe 13 mai 2027 à la Chapelle Corneille de Rouen

Vespro :

Le 24 août 2026 au Festival de la Chaise-DieuLe 26 septembre 2026 à la Philharmonie de ParisLe 2 octobre 2026 au Bozar de Bruxelles

Bomba Flamenca :

Le 10 septembre 2026 au Festival de GandLe 11 septembre en ouverture du Festival d’AmbronayL’album Bomba Flamenca est disponible depuis le 24 avril 2026 chez Alpha Classics

Voir aussi le site internet de la compagnie La TempêteOuverture dans un nouvel onglet

Extraits sonores

Faux-Bourdon Domine ad adjuvandum me tiré des Vespro della beata vergine de Claudio Monteverdi, interprété par La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion dans leur album Vespro paru le 11 octobre 2019Toccata et Domine ad adjuvandum me tiré des Vespro della beata vergine de Claudio Monteverdi, interprété par La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion dans leur album Vespro paru le 11 octobre 2019Chant traditionnel arabo-andalou Nawa athar interprété par La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion et tiré de leur album Bomba Flamenca paru le 24 avril 2026El Fuego de Mateo Flecha interprété par La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion et tiré de leur album Bomba Flamenca paru le 24 avril 2026Kyrie tiré de la Messe à double chœur de Frank Martin et interprété par La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion pour l’arrangement Nocturne II le 12 juillet 2026


Source:

www.radiofrance.fr

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