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Avoir raison avec… H. G. Wells 1/5 : Le roman comme hypothèse

Herbert George Wells aurait pu consacrer sa vie à la science. Né en 1866 à Bromley dans le Kent, il grandit partagé entre ses rêveries romanesques et ses ambitions scientifiques. Formé par Thomas Huxley, il connaît les théories de l’évolution, la physique, la chimie.

La plume d’H. G. Wells aurait pu être celle d’articles savants, mais il choisit le roman. Or ce choix n’est pas un renoncement mais un projet méthodique : faire entrevoir la vérité scientifique par le truchement de l’imaginaire. Son talent littéraire dessine alors les contours d’un nouveau genre : celui de la science-fiction, à l’instar de son confrère et concurrent français Jules Verne. Alors pourquoi H. G. Wells, scientifique dans l’âme, choisit-il d’écrire des romans d’anticipation ? Comment fait-il de ses romans de véritables laboratoires scientifiques ? Et par quels artifices fait-il naître la science-fiction telle que nous la connaissons ?

« Wells a tout inventé » : la naissance de la science-fiction moderne

En 1898, les Martiens débarquent en Angleterre. Ils s’échouent dans des cylindres de métal noir, dressent leurs tripodes géants au-dessus de la campagne du Surrey, et ce que leurs rayons ardents ne détruisent pas, la panique s’en charge. Herbert George Wells a alors trente-deux ans lorsqu’il écrit La Guerre des mondes. Ces motifs – les tripodes, les rayons de la mort, la fumée verte, la fuite sur les routes – nous les connaissons avant même de les avoir lus et c’est là toute la puissance d’H. G. Wells, celle d’irriguer nos imaginaires merveilleux depuis 160 ans. Car H. G. Wells est, avec son comparse et concurrent français Jules Verne, le fondateur d’un nouveau genre littéraire : la science-fiction.

Natacha Vas-Deyres rappelle les images fondatrices établies par H. G. Wells dès ses premiers romans : « Il a inventé le rapport avec la science, le voyage sur la lune, les extra-terrestres et la fin de notre planète. » En 1884, la rencontre avec le biologiste britannique Thomas Henry Huxley – darwinien convaincu – va être déterminante pour lui. « Son œuvre sera littéralement imprégnée de ces théories nouvelles qui sont révolutionnaires pour l’époque. (…) Cette volonté de faire s’émanciper les esprits vers la modernité, lui vient de ce contact avec ses grands scientifiques et leurs théories », relate l’essayiste.

Une méthode scientifique pour le roman

Féru de science et formé à la Normal School of Sciences de Londres, H. G. Wells se tourne finalement vers la fiction, publiant ses premiers romans d’anticipation dans les années 1890. Ce choix de la fiction n’est pas anodin et recèle en lui toute la passion de Wells pour la science : son ambition est de faire de ses romans de véritables laboratoires. La fiction permet de plonger le lecteur à l’intérieur même de l’hypothèse. Natacha Vas-Deyres détaille la fabrique littéraire de Wells : « c’est cette méthode scientifique, mais aussi toutes les réflexions philosophiques et théoriques de Wells qui sont littéralement intégrées dans le récit. D’où la force complètement intemporelle et universelle de ses romans », dit-elle.

Cette méthode, H. G. Wells la détaille dans la préface à ses œuvres complètes en 1934 : « Dès que le tour de magie a été réalisé, tout l’art de l’auteur consiste à veiller à ce que tout le reste reste humain et réel. » Un seul élément impossible donc, et le reste rigoureusement réel : telle est la méthode littéraire de Wells.

Références sonores

René Barjavel au micro de Jacques Chancel dans Radioscopie, France Inter, 11 mars 1981Extrait de la série fiction « L’homme invisible », adaptée du roman de HG Wells paru en 1897, réalisée par Stéphane MichakaLecture d’un extrait de l’autobiographie d’HG Wells à propos de sa méthode littéraire, tiré deUne tentative d’autobiographie: découvertes et conclusions d’un cerveau très ordinaire, Gallimard, 1936.

Pour aller plus loin

Bibliographie

Michel Jeury, La trilogie chronolytique, préface de Natacha Vas-Deyres, Robert Laffont, 2026.Anthologie du festival hypermondeOuverture dans un nouvel onglet par Natacha Vas-Deyres

Bibliographie complémentaire

H.G. Wells, L’homme invisible, Gallimard, 1897HG Wells, La guerre des mondes, 1898HG Wells, La machine à explorer le temps, 1895H.G. Wells, Une tentative d’autobiographie: découvertes et conclusions d’un cerveau très ordinaire, Gallimard, 1936.


Source:

www.radiofrance.fr

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