À Altamira,
en Amazonie brésilienne, une ambitieuse campagne de lutte contre le paludisme avait
presque réussi l’impossible. Entre 2013 et 2017, dans le sillage de la
construction de l’un des plus grands barrages hydroélectriques du monde nommé Belo Monte, les cas de malaria ont chuté de manière impressionnante:
de 1.200 cas en 2013, il n’en restait qu’une soixantaine à la fin du programme.
Le répit a toutefois été de courte durée. Quelques années plus tard, les
infections sont reparties à la hausse, touchant plus de 700 personnes chaque année,
principalement dans les zones rurales.
Dans
une étude publiée le 9 juillet dans la revue GeoHealth, des scientifiques
ont passé au crible plus de quinze années de données de surveillance du
paludisme. Ils les ont croisées avec des images satellites des forêts qui entourent
Altamira, où de vastes étendues ont été défrichées pour laisser place à l’élevage
bovin et à l’urbanisation. Des travaux précédents avaient déjà établi un lien entre
la propagation de la maladie et la déforestation ou la construction de barrages.
Ces ouvrages favorisent le développement d’habitats appréciés par les larves de
moustiques, qui vivent à la lisière des forêts.
Les conclusions
des scientifiques sont sans appel: la résurgence du paludisme à Altamira ne s’explique
pas uniquement par la déforestation et les travaux liés au méga-barrage. Le
maintien d’une surveillance dans les zones à haut risque s’avère tout aussi essentiel
que le programme initial de réduction, étaye Live Science.
Pendant les
travaux du barrage, des milliers d’ouvriers ont afflué sur le site. L’initiative
de lutte contre la malaria comptait alors plusieurs mesures phares pour limiter
les risques d’épidémie: pulvérisation d’insecticides à l’intérieur des
habitations, distribution de moustiquaires, ainsi que la généralisation du
diagnostic et de la prise en charge rapide des malades. Des mesures qui ont pris fin une fois le chantier terminé.
Les moustiques
contractent le parasite responsable du paludisme en se nourrissant du sang de
personnes infectées, avant de le transmettre à d’autres individus lors de piqûres.
Identifier et traiter rapidement les patients permet donc de briser la chaîne
de transmission.
Habiter à la lisière de la forêt, facteur de risque
Pour comprendre
pourquoi la maladie est revenue, les chercheurs ont comparé les dossiers
cliniques issus de 150 centres de santé de la région d’Altamira avec des
données sur la température, le couvert forestier et les précipitations. Leur
objectif était d’identifier les zones propices à la reproduction des moustiques
et au développement des parasites. Les scientifiques ont également estimé le
temps de trajet entre chaque foyer d’infection et la ville la plus proche. D’après
leurs observations, plus une personne habite près de la lisière de la forêt, plus
son risque de contracter le paludisme augmente.
Avant la
construction du barrage, la plupart des personnes infectées vivaient au cœur de
la ville. Aujourd’hui, cette tendance s’est inversée. Depuis 2020, les foyers
ruraux isolés, situés en lisière de forêt, sont les plus touchés. «Lorsque
le programme financé a pris fin, le paludisme est réapparu dans les communautés
les plus difficiles à atteindre pour le système de santé, précise Eloise
Skinner, épidémiologiste à l’Université de Queensland en Australie et coautrice
de l’étude. La ville est restée protégée, très probablement parce qu’il est
plus facile d’assurer et de maintenir un diagnostic et un traitement rapides en
milieu urbain.»
Alors
que le Brésil ambitionne d’éliminer le paludisme à l’horizon 2035, le cas d’Altamaria
a douché certains espoirs. Il permet toutefois de tirer certaines conclusions. Lorsqu’une
population vit durablement au contact d’un environnement favorable à la
transmission du parasite, comme les écosystèmes situés en lisière de forêt,
mettre fin trop tôt aux mesures de prévention peut réduire à néant des années
d’efforts.
«Le message à retenir pour l’objectif de 2035 n’est pas seulement
que l’éradication nécessite un investissement soutenu, conclut Eloise
Skinner. Là où l’environnement est un facteur de risque, ce risque est
prévisible. En s’y préparant dès le départ, on peut allouer les fonds là où ils
sont le plus nécessaires.» Reste à savoir comment les autorités brésiliennes adapteront leurs plans de prévention dans la lutte contre le paludisme.
Source:
www.slate.fr


