
Nul n’est sorti de la guerre d’Espagne comme il y était entré. Malraux, monté au front (L’Espoir), Orwell engagé dans les milices du POUM (Hommage à la Catalogne) , Koestler emprisonné par les nationalistes (Un testament espagnol) ; Bernanos qui dénonce les répressions franquistes (Les Grands cimetières sous la lune) , Hemingway (Pour qui sonne le glas) et Dos Passos (Aventures d’un jeune homme) engagé dans la guerre d’Espagne, ou encore Mauriac font partie de ces intellectuels engagés. Partout dans le monde, la Guerre d’Espagne a travaillé les consciences d’hommes et de femmes de toutes conditions, de toutes cultures, de toutes croyances, et marqué profondément ceux dont écrire était le métier. C’est cet impact de la guerre civile sur la littérature qu’explorait, en 1986, ce cinquième volet d' »Une guerre perdue et oubliée », la série que Carlos Semprun Maura et Philippe Ganier-Raymond consacraient à la guerre d’Espagne.
« Une guerre perdue et oubliée », cinquième et dernier volet : « Impact de la guerre civile sur la littérature ». Première diffusion sur France Culture le 8 août 1986.
Des consciences retournées
Le cas le plus emblématique est celui de Georges Bernanos. Catholique d’extrême droite, admirateur de Léon Bloy, il découvre aux Baléares l’imposture d’une guerre menée au nom de la foi et dénonce, dans Les Grands cimetières sous la lune, « le régime des suspects » et de la délation. À gauche, le choc n’est pas moindre : Dos Passos, Koestler ou Orwell se heurtent à l’intolérance stalinienne. Pour Fernando Arrabal, ces hommes libres n’ont pas retourné leur veste : « ils ont vu en Espagne que le communisme n’était pas une réponse » à leur soif d’égalité et de liberté.
Orwell face à Malraux
Jorge Semprun compare deux ouvrages célèbres inspirés par la guerre d’Espagne. Engagé dans les milices du POUM, Orwell signe avec Hommage à la Catalogne « le livre le plus lucide sur la guerre d’Espagne », écrit sur le vif par un homme venu se battre avant d’écrire. Malraux, compagnon de route des communistes, « occulte un certain nombre de choses » : L’Espoir s’achève, ce n’est pas un hasard, avant les journées de mai 1937 à Barcelone, où éclatent les contradictions du camp républicain. Sa thèse : gagner la guerre d’abord, faire la révolution ensuite.
La diaspora des vaincus
La défaite fait fuir les intellectuels espagnols : nombre d’universitaires s’exilent en France ou en Amérique latine, puis artistes fuient la censure franquiste. Fils d’un officier républicain fusillé, Fernando Arrabal ironise : « Nous partions d’Espagne pour conquérir la gloire ». Réfugié dans les Pyrénées, le violoncelliste Pablo Casals refuse quant à lui de jouer pour les nations qui étouffent la liberté. Il ne reverra jamais l’Espagne.
Par Carlos Semprun Maura et Philippe Ganier-RaymondRéalisation Maurice AudranAvec Fernando Arrabal (poète, romancier, essayiste, dramaturge et cinéaste) et Jorge Semprun (écrivain, homme politique)Avec en archives, la voix de Pablo CasalsLectures par Hermine Karagheuz et Jean-Simon Prévost d’extraits de : « Les Grands cimetières sous la lune » de Georges Bernanos, « Aventures d’un jeune homme » de John Dos Passos, de textes de George Orwell, d’une déclaration des surréalistes du 20 août 1936 signée par Adolphe Acker, André Breton, Maurice Heine, Georges Hugnet, Léo Malet, Georges Mouton, Henri Pastoureau, Gui Rosey et Yves Tanguy, d' »Un testament espagnol » d’Arthur Koestler, de « Pour qui sonne le glas » d’Ernest Hemingway et de « L’Espoir » d’André MalrauxMusique originale de Francisco SemprunCommunauté des Radios Publiques de Langue Française – Une guerre perdue et oubliée 5/5 : Impact de la guerre civile sur la littérature (1ère diffusion : 08/08/1986)Edition web : Valérie Ernould, Documentation de Radio FranceArchive Ina / Radio France
Source:
www.radiofrance.fr


