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Paramount-Warner : les scénaristes brandissent le précédent Simon & Schuster

Il y a les mariages où l’on compte les invités. Et ceux où l’on compte les concurrents qui restent. Dans sa plainte de 55 pages, déposée devant le tribunal fédéral du district nord de Californie, la Writers Guild of America (WGA) invoque la section 7 du Clayton Act, le grand texte américain contre les concentrations. Ses branches Est et Ouest représentent quelque 18 000 professionnels : environ 11 000 à l’Ouest et 7 000 à l’Est.

L’accord signé le 27 février prévoit 31 $ en numéraire par action Warner Bros. Discovery, soit 81 milliards $ pour les capitaux propres et 110 milliards $ en valeur d’entreprise. Approuvé par les actionnaires de WBD le 23 avril, il réunirait deux des cinq grands studios hollywoodiens. Un ensemble immense, donc — et, selon le syndicat, moins de portes auxquelles frapper.

Trois marchés, un acheteur géant

La WGA ne s’en tient pas à l’idée d’un Hollywood trop concentré. Elle isole trois marchés du travail : l’écriture de films dont le budget atteint au moins 100 millions $, celle des séries télévisées ou destinées au streaming, et les contrats globaux, par lesquels un studio s’attache les services exclusifs d’un auteur de télévision.

D’après les calculs du syndicat, le futur groupe pèserait respectivement 35 %, 36 % et 38 % de la demande sur ces segments. Ces estimations de la partie plaignante devront être éprouvées devant le juge. Elles étayent une accusation précise : avec moins d’employeurs en concurrence, Paramount-Warner pourrait comprimer les rémunérations, durcir les conditions contractuelles et commander moins de projets.

« Les scénaristes seront moins payés et auront moins de possibilités d’emploi. » La plainte redoute aussi une baisse du nombre et de la variété des films et séries. Pour donner chair à ce scénario, elle cite David Koepp, scénariste de Jurassic Park, Mission : Impossible ou Spider-Man. Revenant sur l’absorption de Fox par Disney, il tranche : « L’acheteur que représentait Fox n’a pas migré vers Disney. Il a disparu. » Son expérience n’est pas une statistique, mais elle illustre la disparition possible d’un débouché créatif.

Le livre comme mode d’emploi

La pièce la plus intéressante pour l’édition ne se trouve pourtant pas à Hollywood. La WGA s’appuie expressément sur la décision qui, en 2022, a empêché Penguin Random House d’acquérir Simon & Schuster. Le ministère américain de la Justice soutenait que l’ensemble contrôlerait près de la moitié du marché des droits sur les livres promis aux meilleures ventes, laissant les auteurs avec moins d’options, moins de poids dans la négociation et des avances plus faibles.

Un juge fédéral avait bloqué l’opération, occasionnant un précédent à la saveur particulière : Simon & Schuster appartenait alors au groupe devenu Paramount Global. Le Department of Justice expliquait en 2021 que les lois antitrust protègent aussi les créateurs contre la concentration des acheteurs — ce que les économistes nomment un monopsone. En clair : trop peu de maisons pour acquérir les manuscrits, ou trop peu de studios pour acheter les scénarios, et la négociation change de camp.

La WGA ne prétend pas démontrer que la transaction réduirait la concurrence entre éditeurs : son action porte sur le travail des scénaristes. Mais le périmètre convoité croise directement le livre. Warner Bros. Discovery contrôle DC Comics, tandis que Paramount a lancé le 8 avril Paramount Global Publishing, un label destiné à publier en imprimé, numérique et audio, à prolonger ses franchises et à créer de nouvelles propriétés intellectuelles. S’y ajoutent des univers venus des rayonnages, de Harry Potter à Game of Thrones, devenus des piliers de l’écran.

Le feu vert n’a pas éteint les recours

L’offensive intervient un mois après que le ministère américain de la Justice a clos son examen fédéral, jugeant l’opération peu susceptible de nuire à la concurrence. Feu vert à Washington, contentieux en Californie : le droit américain permet aussi à des États et à des organisations qui s’estiment lésées de saisir les tribunaux.

Le 13 juillet, la Californie et onze autres États avaient déjà engagé une procédure distincte. Leur dossier vise surtout la distribution des films en salles et l’octroi de licences pour les chaînes du câble, avec le risque allégué de prix plus élevés et d’une offre amoindrie. Le lendemain, la WGA a attaqué par l’autre versant : non plus seulement ce que paierait le public, mais ce que recevraient les personnes qui écrivent les œuvres.

Paramount oppose à cette lecture une promesse exactement inverse. Le groupe assure qu’une entreprise plus puissante financerait davantage de projets et maintient son engagement de conserver deux studios, pour au moins 30 longs métrages par an. À Reuters, un porte-parole a répondu : « Un Paramount-WBD combiné aurait l’envergure et les ressources nécessaires pour inverser les tendances actuelles de notre industrie et élargir les possibilités offertes aux scénaristes, non les réduire. »

Après une audience tenue le 17 juillet, la juge Araceli Martínez-Olguín doit se prononcer au plus tard le 22 juillet sur la demande des douze États de suspendre provisoirement l’opération. Cette décision d’urgence ne tranchera pas le recours de la WGA, qui réclame une interdiction définitive de la fusion.

Illustration : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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