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Rakuten France ferme fin 2026 : le livre d’occasion perd une plateforme historique

Fin de partie, donc. Après avoir cherché un acquéreur depuis le printemps, Rakuten a annoncé, jeudi 16 juillet, la fermeture de sa marketplace française « à compter de la fin d’année 2026 ». Une période de transition doit permettre aux vendeurs et aux acheteurs de « prendre leurs dispositions », indique la direction dans une dépêche de l’AFP.

La formule a quelque chose d’un retour à l’envoyeur. En 2010, le groupe japonais déboursait environ 200 millions € pour s’offrir PriceMinister, pionnier français de l’achat-vente sur internet. Seize ans plus tard, personne n’aura repris le colis.

Deux offres, zéro reprise

« Malgré les efforts déployés par le groupe pour mener à bien une cession de l’activité, les discussions approfondies menées avec les repreneurs potentiels n’ont pas permis d’aboutir à une solution viable », explique Rakuten France. Selon les informations du Figaro, confirmées à l’AFP par une source proche du dossier, deux propositions fermes avaient été déposées : l’une par Pixmania, l’autre par un fonds d’investissement étranger.

Aucune n’aurait satisfait les trois exigences fixées par la direction : la préservation des emplois, les conditions financières et les risques attachés au projet, enfin la capacité du candidat à maintenir durablement l’activité. Le comité social et économique a lui aussi rendu un avis défavorable sur ces offres.

Les mesures d’accompagnement préparées pour les quelque 180 personnes concernées ont, en revanche, été accueillies favorablement par le CSE. Elles restent soumises à l’homologation des autorités compétentes.

Un mois plus tôt, un tout autre scénario se dessinait autour de Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur de PriceMinister, du fonds Verdoso et de Fabien Versavau, directeur général de Rakuten France entre 2018 et 2024.

Le projet, qui envisageait notamment de ressusciter la marque d’origine, n’avait pas été confirmé par ses protagonistes. L’annonce du 16 juillet ne précise pas s’il s’est transformé en proposition formelle. Elle en arrête néanmoins l’issue : aucune reprise n’a été retenue.

PriceMinister referme le livre

Le nom de PriceMinister aura disparu avant son site. Créée en 2000 et mise en ligne en janvier 2001, la société comptait, au moment de son rachat, quelque 12 millions de membres, plus de 100.000 vendeurs actifs et 21.000 marchands, pour 160 millions de références. Ces chiffres, publiés par Rakuten le 17 juin 2010, accompagnaient alors une promesse d’expansion européenne. Ah, joies et merveilles de l’internationalisation…

PriceMinister est devenu Rakuten en 2018, sans abandonner totalement son identité première. Livres épuisés, éditions anciennes, bandes dessinées, mangas, polars ou littérature générale : le site est resté un point de passage pour les particuliers comme pour les professionnels de la seconde main.

En avril 2022, Rakuten affirmait que 85 % des ouvrages vendus par son intermédiaire étaient d’occasion. L’entreprise signalait aussi une hausse de 50 % des transactions réalisées par les professionnels en cinq ans. BD, littérature française, manga et roman policier figuraient alors parmi les catégories les plus demandées, selon les données de la société.

Nuance essentielle : Rakuten n’est pas le propriétaire de tous ces stocks. Comme toute place de marché, l’opérateur met en relation des acheteurs avec des vendeurs tiers — particuliers, bouquinistes ou commerçants — qui déposent leurs annonces. Sa disparition retire donc à ces derniers une vitrine, une audience et une infrastructure de transaction, non un entrepôt central rempli d’ouvrages.

Une vitrine, deux régimes

Cette coexistence du neuf et de la seconde main ne relève d’ailleurs pas du joyeux mélange des rayons. Depuis décembre 2023, les plateformes doivent distinguer clairement les deux types d’offres et faire apparaître la mention « occasion » chaque fois qu’un prix est présenté, y compris dans les résultats de recherche. Cette obligation figure dans le décret du 22 juin 2023 consacré aux infrastructures de vente de livres.

Pour les exemplaires neufs, le vendeur reste soumis au prix fixé par l’éditeur ou l’importateur. Les commandes inférieures à 35 € supportent en outre un tarif minimal de livraison de 3 € ; au-delà, l’expédition ne peut pas davantage être gratuite. Ce dispositif, appliqué depuis octobre 2023, a été validé par le Conseil d’État le 13 mai. Les marchands qui quitteront Rakuten retrouveront donc ces règles sur les autres canaux français.

À LIRE – Livre d’occasion : la bataille débuta voilà 400 ans à Paris, sur le Pont Neuf

La cessation d’activité ne fera évidemment pas disparaître le commerce du livre usagé. Elle retire néanmoins un intermédiaire historique d’un secteur désormais largement déplacé en ligne. L’étude publiée en avril 2024 par le ministère de la Culture et la Sofia établissait que la seconde main avait atteint, en 2022, près de 20 % des exemplaires achetés, pour moins de 10 % de la valeur du marché.

Cette enquête relevait également que l’offre disponible sur internet porte largement sur la littérature et sur des titres parus depuis plus de cinq, voire dix ans, dont certaines références épuisées en format neuf. Elle constatait enfin que ce commerce était devenu « massivement » numérique, entre plateformes de mise en relation, marketplaces généralistes et détaillants spécialisés.

Le chapitre Kobo reste ouvert

Rakuten justifie sa décision par un recul installé « depuis une dizaine d’années » et par la concurrence des plateformes asiatiques. En mai, la direction chiffrait la baisse à 33 % pour le nombre de clients et à 42 % pour le trafic sur dix ans.

Le groupe ne quitte pourtant ni la France ni le livre numérique. Il maintient ses autres entités, parmi lesquelles Rakuten Kobo, mais aussi Rakuten TV, Viki, Viber, Advertising et Symphony, ainsi que le centre technologique Rakuten Europe à Paris.

Autrement dit, la librairie numérique Kobo ne ferme pas avec la place de marché généraliste. Les vendeurs de livres neufs et d’occasion présents sur Rakuten, eux, devront migrer. Même sort en Espagne : le site y cessera également son activité, les deux pays partageant la même structure.

Crédits photo : PriceMinister CC BY SA 4.0

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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