AccueilActualitésLoi d’urgence agricole...

Loi d’urgence agricole : "C'est une loi criminelle", estime Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis

Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, était l’invitée des 4V sur France 2, vendredi 17 juillet.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

France Télévisions : Vous étiez jeudi 16 juillet en commission mixte paritaire sur le projet de loi d’urgence agricole et, malgré des mesures très clivantes sur l’eau, sur les pesticides, les députés et les sénateurs ont trouvé un accord. C’est un accord au bénéfice de qui ?

Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis : Certainement pas au bénéfice des agriculteurs. D’abord, il n’y a aucune réponse concrète pour les agriculteurs. Vous savez de quoi ils souffrent ? D’abord, du fait d’avoir des prix trop faibles. Or, on avait voté à l’Assemblée nationale, c’était notre proposition de la France Insoumise, d’avoir des prix planchers minimum qui couvrent leurs coûts de production. Ça a été dégagé. On avait le fait de protéger les agriculteurs face à la concurrence déloyale en interdisant des produits importés qui sont traités avec des substances interdites en France, des pesticides interdits, ça a été dégagé. Et là, par contre, ce qui a été décidé par les 219 sénateurs et jeudi 17 juillet en CMP avec la complicité des macronistes et de l’extrême droite…

La droite était majoritaire dans cette commission.

Exactement. Ce qui a été décidé, c’est terrible, c’est très grave et je pèse mes mots, c’est une loi criminelle. C’est-à-dire que la loi agricole vient d’être transformée en loi criminelle pour nos enfants. Pourquoi ? Parce que cette loi va permettre de réautoriser des pesticides toxiques dangereux qui s’attaquent directement au cerveau des enfants : l’acétamipride et le flupyradifurone, donc deux pesticides néonicotinoïdes, qui avaient été interdits justement parce qu’ils sont dangereux pour la santé humaine. Ils sont retrouvés dans les urines, dans le sperme ou dans le placenta.

Ce sera une dérogation exceptionnelle sur les pommes, les cerises, les noisettes et les betteraves. Ce sera très précis.

C’est énorme, y compris sur les betteraves, alors qu’aujourd’hui, il existe des alternatives. Ce qu’aurait dû faire un gouvernement responsable, c’est plutôt d’aider les agriculteurs à faire autrement, à faire sans ces pesticides. C’est tellement grave que, pour la première fois, l’Ordre des médecins, la plupart des sociétés savantes et médicales se sont positionnés contre cette loi.

Mais tout n’est pas à jeter dans ce texte. Il y a quand même des points d’accord que vous avez réussi à trouver, par exemple sur le revenu des agriculteurs ou sur la redéfinition des zones humides. Il y a des accords qui ont été trouvés quand même.

Mais pas avec nous, parce qu’on considère que ça n’apporte clairement pas les réponses à la fois pour les agriculteurs et pour la société. Par exemple, sur l’eau. Savez-vous qu’il a été décidé de favoriser, de faciliter la construction des mégabassines qui vont prélever directement dans les nappes phréatiques, alors qu’on est à un moment où, au contraire, il faudrait adapter l’agriculture aux changements climatiques ? On fait aller les agriculteurs droit dans le mur, une fuite en avant, en leur fixant comme objectif le doublement des volumes d’eau stockés alors qu’il y a de moins en moins d’eau.

Sur ce doublement des stockages d’eau d’ici 2035, on pourrait se dire comme ça à vue d’œil que c’est une bonne idée pour lutter contre les périodes de sécheresse comme aujourd’hui.

C’est une idée catastrophique. Même le MEDEF a dit que c’était un accaparement sans contrepartie pour un seul acteur, une toute petite minorité d’agriculteurs.

Vous dites le MEDEF, mais ils sont tombés d’accord avec la FNSEA puisqu’ils ont publié ensemble un communiqué commun.

Ils ont signé, mais ils ont bien vu le problème. Aujourd’hui, il y a des usines agroalimentaires qui sont obligées de s’arrêter parce qu’il n’y a plus d’eau. Et là, on va dire, la grande priorité, c’est cette toute petite minorité d’agriculteurs qui n’irrigue aujourd’hui que 7 % des surfaces, dont la plupart, c’est du maïs d’exportation. Il faut faire autrement. Il faut aider les agriculteurs face à la sécheresse. D’ailleurs, il faut dire que cette sécheresse est une catastrophe naturelle pour les indemniser. Et ensuite, il faut les aider à adopter des races, des variétés qui soient plus résistantes à la sécheresse et au réchauffement climatique. Il faut, par exemple, les aider à adopter des techniques d’irrigation beaucoup plus efficaces, moins consommatrices d’eau.

Ce projet de loi sera soumis au vote lundi 20 juillet soir. Est-ce qu’il peut être adopté ? Est-ce que vous appelez le gouvernement à le retirer tout simplement ?

Je n’ai pas l’illusion qu’il le retire, par contre j’en appelle à la responsabilité de chaque député. Il y a des élections législatives dans un an, que vont faire les députés ? Que va faire Monsieur Gabriel Attal qui est candidat à la présidentielle ? Que vont faire les collègues de Monsieur Édouard Philippe ? Est-ce qu’ils vont voter pour cette loi qui est aujourd’hui, je pèse mes mots, une loi criminelle pour nos enfants, une loi incendiaire, hors-sol, insensée, qui a été dictée et façonnée par la droite du Sénat. Voilà ce que je leur pose comme question. Il y aura la vérité des prix lundi. J’ai l’espoir, quand même, que certains députés du bloc présidentiel aient le courage, contre leurs leaders politiques, de dire : ‘non, ça, ce n’est pas possible’.

Et dans ce contexte de sécheresse, on l’a vu, les feux se sont multipliés sur le territoire. Jean-Luc Mélenchon accuse Gabriel Attal d’avoir annulé la commande de nouveaux Canadair quand il était Premier ministre. Gabriel Attal accuse Jean-Luc Mélenchon de faire du trumpisme. Qui a raison dans cette histoire ? Vous êtes trumpiste ?

Alors d’abord, je veux, comme Jean-Luc Mélenchon, remercier les 44 000 sapeurs-pompiers professionnels, les 200 000 sapeurs-pompiers volontaires de ce pays qui nous permettent de combattre le feu. Ensuite, Monsieur Jean-Luc Mélenchon a parfaitement raison. Ce qui s’est passé en 2024, c’est que Monsieur Attal a gelé, sabré, coupé 53 millions d’euros qui auraient dû servir…

Pour réduire le déficit budgétaire.

Oui, il l’a coupé dans le budget de la sécurité. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il y a deux Canadair qui auraient dû être commandés en 2024, qui n’ont pas été commandés et qui, par conséquent, n’arriveront qu’en 2033. Alors que l’Espagne, la Grèce et bien d’autres pays, eux, ont fait les commandes.

Est-ce qu’on manque de moyens aujourd’hui pour lutter contre ces feux ?

Mais bien sûr. Et ça, c’est 10 ans de coupes budgétaires par la Macronie, par les gouvernements, y compris de M. Attal et de M. Philippe, qui veulent être candidats à la présidentielle, mais qui ont de lourdes responsabilités dans ce qui est en train de se passer. Par exemple, il y a eu des coupes budgétaires dans l’Office national des forêts avec moins 15 % d’agents. Or, ce sont eux qui débroussaillent, ce sont eux qui surveillent nos forêts et qui font qu’on a moins de risques d’incendie. Les sapeurs-pompiers, leur nombre n’a pas augmenté, alors que le risque d’incendie a énormément augmenté. Vous voyez, on a un énorme problème.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité


Source:

www.franceinfo.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img