AccueilCulture"Les Chants de...

"Les Chants de Maldoror" de Lautréamont : plonger dans les racines du mal

« Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux que j’invoque dans le commencement de cet ouvrage ! », peut-on lire dans les premières pages des Chants de Maldoror. Ce long poème en prose, écrit en 1868, est signé du Comte de Lautréamont, pseudonyme du poète Isidore Ducasse. Alors âgé de seulement 22 ans, l’auteur explore les racines du mal par la voix de Maldoror, narrateur démoniaque dont on suit la déambulation.

“Les Chants de Maldoror, c’est mon père qui m’en parlait, se rappelle l’acteur Micha Lescot. Quand j’étais petit, je lisais ça un peu pour me faire peur et me fasciner. Une espèce de conte maléfique, comme on regarderait un film de Tim Burton quand on est adolescent. »

Braver l’interdit

Dans l’introduction du texte, Lautréamont poursuit avec une célèbre mise en garde : “Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.”

“C’est très pervers la manière dont il écrit ça, commente le comédien. On a qu’une envie, c’est d’aller braver l’interdit. Il écrit ça quand il est très jeune, il sort de l’adolescence, il est encore plein d’orgueil, de morgue… Il y a quelque chose d’un peu gothique, noir, sombre. Comme un vampire, il vous dit : « Ne venez pas », mais c’est pour vous attirer dans les méandres de la cruauté et la perversité.”

L’incarnation du mal

Très fragmenté, le récit compile les visions d’horreur et les méditations intérieures, dans un univers mêlant figures animales et créatures surnaturelles. Les tableaux s’enchaînant, Maldoror finit par devenir l’incarnation même du mal, en révolte contre Dieu et l’humanité.

« C’est un voyage étrange et fascinant, mais il y a une distance avec tout ça, poursuit Micha Lescot. C’est tellement exagéré dans l’attrait que ce personnage de Maldoror a vers ce qui a de plus monstrueux. Il se vautre dans le stupre et la méchanceté. J’y vois une fonction cathartique. C’est pas mal d’entendre ça parce que ça nous décharge d’une certaine violence : quelqu’un d’autre l’a écrit mieux que ce qu’on pourrait penser soi-même. »

Une postérité tardive

Après avoir achevé l’écriture des six chants, l’auteur fait imprimer l’ouvrage en 1869. Mais son éditeur craint des poursuites à cause du contenu blasphématoire et de l’extrême violence du texte. Et refuse de le mettre en vente. Mort à seulement 24 ans, Lautréamont ne connaîtra jamais le succès de son œuvre de son vivant.

Il faut attendre 1917 pour que les surréalistes, notamment André Breton et Louis Aragon, redécouvrent le texte, dont la violence fait écho aux horreurs de la Première Guerre mondiale. Les poètes voient dans ce vertige verbal une préfiguration de l’écriture automatique qu’ils théorisent. Ils font alors de Lautréamont une référence fondatrice, qui traversera les époques et les arts, des illustrations de Salvador Dalí ou de René Magritte, en passant par les chansons de Serge Gainsbourg et Hubert-Félix Thiéfaine.


Source:

www.radiofrance.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img