Ce sont trois lettres qui embarrassent le ministère de l’Intérieur : R.I.O, nom de code des matricules des policiers. Les forces de l’ordre sont obligées de porter ce numéro de manière visible, mais ils sont nombreux à le cacher pour ne pas être identifiés en cas de mauvais comportements. Ces policiers qui ne respectent pas la loi sont-ils sanctionnés ? Alors qu’une réunion avait lieu ce jeudi 16 juillet place Beauvau sur la question, « L’Œil du 20h » a enquêté.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Il est unique à chaque policier ou gendarme : le matricule, sept chiffres à afficher sur le gilet ou sur la manche. Le porter est obligatoire pour être identifiable en cas de litige ou d’enquête, mais les forces de l’ordre rechignent parfois à respecter la loi.
Le 1er mai dernier, à Paris, nous nous sommes rendus dans une manifestation. Sur place, une ambiance plutôt bon enfant. Nous partons à la recherche de ces matricules. En fait, dans le jargon, on parle du « RIO », le Référentiel des identités et de l’organisation. Or, chez certains policiers, ce RIO est impossible à lire en entier, masqué par leur équipement. « Il a glissé, je le remettrai », nous répond un agent. Un autre reconnaît que son numéro n’est pas visible.
Dans d’autres unités, le RIO a même disparu : aucun numéro visible sur les uniformes. Et quand ils enfilent leurs cagoules, bon courage pour les reconnaître. Idem chez des policiers à moto de la BRAV-M, une brigade faite pour interpeller, souvent critiquée pour ses méthodes. Là encore, des matricules sont introuvables et leur commissaire n’a pas vraiment d’explication pour nous. « Je vois que certains de vos hommes et femmes ne le portent pas. Est-ce que vous allez leur demander de le porter, par exemple ? », interroge-t-on. « Écoutez, ça a été fait. Je vous invite à nous laisser Monsieur, on va poursuivre notre travail, contactez les services de communication de la préfecture », nous conseille-t-on.
Le ministère, lui, nous dit rappeler régulièrement cette consigne. Car porter le RIO n’est pas accessoire, c’est obligatoire. Il sert à identifier les agents pour signaler un mauvais comportement, des insultes lors d’un contrôle ou en maintien de l’ordre. Exemple à Sainte-Soline, lors des violentes manifestations contre les mégabassines : 50 blessés côté gendarmes, 200 côté manifestants. Une enquête est toujours en cours pour savoir si des gendarmes ont commis des actes illégaux, comme des tirs tendus vers la foule. Et là, le matricule aurait été bien utile, déplorait il y a quelques jours le défenseur des droits : « La plupart des gendarmes ne sont pas identifiables, […] leur équipement recouvrant totalement leur RIO. [Ceci] est très problématique », écrit-il.
Par mail, la gendarmerie nous assure que le matricule n’est pas l’unique moyen pour identifier un agent. Cocasse. Car le port du matricule, c’est justement une idée du chef des gendarmes et des policiers. En 2013, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, grave cette règle dans le marbre. Aujourd’hui, il déplore cette indiscipline : « C’est toujours absurde ces réticences, si elles existent », regrette-t-il. Et d’ajouter : « Une police respectée, c’est une police respectueuse des normes, de la déontologie, des gens, et je suis un peu inquiet de voir ce qui remonte du côté de la police. »
Ses successeurs Bernard Cazeneuve, Christophe Castaner et Gérald Darmanin, ont même admis le problème. « Il y a des policiers et des gendarmes qui ne portent pas leur immatriculation, c’est effectivement au contraire aux règles », reconnaissait l’actuel garde des Sceaux en avril 2023.
Mais derrière, combien de sanctions ? Le ministère, dirigé aujourd’hui par Laurent Nuñez, ne nous a pas répondu sur ce point et n’a pas souhaité répondre à nos questions. Peut-être parce que dans les rangs, le port du RIO crée encore des levées de boucliers. Nous avons sollicité le syndicat Alliance Police Nationale. Si ce syndicat dit respecter la loi la loi, il ne cesse de critiquer cette mesure, futile, selon son porte-parole. « Est-ce que vous trouvez ça normal que certains policiers ne le portent pas encore aujourd’hui ? », demande-t-on. « Je ne crois pas, parce qu’il y a eu des instructions qui ont été données, par le ministère, notamment. Franchement, vous voyez un peu le débat ? C’est qu’aujourd’hui, on en est à faire quasiment de la chasse aux sorcières vis-à-vis des policiers s’ils portent le RIO, alors qu’il y a d’autres priorités », estime Stanislas Gaudon, d’Alliance Police Nationale.
Malgré les résistances, le RIO ne va pas disparaître. Au contraire, le Conseil d’État exige qu’un nouveau modèle plus grand, plus visible, arrive en service avant la fin de l’année. Ne restera plus, cette fois, qu’à bien le porter.
Source:
www.franceinfo.fr


